Actualité 1

 

actualite1  

 

Retrouvez la nouvelle motion d’orientation d’Alters et la charte 2016, produits du travail collectif en cours  de mise en œuvre :

 

menu : Alters/Vie Associative/CA et Comité de rédaction

ou cliquez ici directement => vie associative

Actualité 2

 

actualite2  

 

Deux textes d'orientation à retrouver dans "Evénements"

- ALTERS, aujourd'hui

- Texte pour la refondation d'Alters, proposition de Marc Thiberge

 
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
  • image
Previous Next
Evénements

bouton3 fini

Nous contacter

bouton3 fini
Ventes en lignes

bouton3 fini

 

se_module_calendrier_130 - style=default - background=
<<   201609<20178 septembre 2017 >201710   >>201809
l m m j v s d
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
130201709

La formation du psychanalyste à la psychanalyse

La formation du psychanalyste à la psychanalyse

SÉMINAIRE DU 9 JUILLET 2002 Publié dans « Clinique de l'acte analytique »

Tome 2, Chapitre VIII, Marc THIBERGE

 

Ce soir, c'est le second volet de la réunion de juin sur la formation du psychanalyste à l' a psychanalyse, comme je l'avais appelé. Le premier volet était consacré à la question d'essayer d'élaborer l'objectif assigné à une cure, de mon point de vue. Ensuite j'ai essayé de chercher dans les neurosciences quels étaient les éléments, les recherches qui étaient faites du côté de la matière pensante et après quoi j'ai essayé de poser en quoi, le concept de "penser" pouvait être un concept catégoriquement psychanalytique, tel que je l'avais proposé, en m'aidant de la lecture et de la relecture de «Qu'appelle-t-on penser ? » de Heidegger où je pense que vous avez vu que c'était une lecture qui faisait bien apparaître à la fois, les convergences et les différences entre un point de vue philosophique et un point de vue psychanalytique. Nous en étions restés là, la première fois et pour la seconde réunion, par conséquent, nous y voici.

Aujourd'hui, j'aimerai parler de ce que pourrait être une association de psychanalystes, de mon point de vue, ayant dégagé, ce qu'est pour moi, l'objectif d'une psychanalyse. Une association de psychanalystes, c'est toujours en rapport avec l'idée que l'on se fait de ce que c'est que de mener une cure à son terme.

J'aimerai aussi, dans un second temps, essayer de poser les quatre temps logiques, qui accompagnent les quatre institutions de la psychanalyse et dans un troisième temps, parler un peu de quelques éléments épars autour de la question du cursus de formation.

Je me contrains un peu à parler de la formation. Ce n'est pas tellement une passion chez moi, peut être y ai- je été aidé par le fait que la Glossary Link culture de travail à une certaine époque, dans certains groupes analytiques était inversement proportionnelle à la passion de parler de ces choses là ? Ce n'est pas pour cela que ce n'est pas une question importante, donc, j'amène à mon tour ma petite graine.

En liminaire, je dirai que la formation du psychanalyste, je l'ai posée du côté d'une déformation, au moins dans un premier temps, au sens des savoirs constitués ou établis. Je serai plus précis tout à l'heure, (mais on en a déjà pas mal parlé l'autre jour), une fois établi que l'objectif assigné à la cure, est le passage, (et c'est ça l'objectif à mon avis), de l'affection par le transférable, c'est à dire le savoir de l'autre, au "penser", c'est à dire à une position de transmission. Voyez comme c'est très proche la question de la transmission et la question de "penser", comme actualisation du désir de l'Autre en soi, dans un temps qui est du toujours maintenant. Je le dis après avoir essayé de le poser au mois de juin.

L'enjeu est bien : là où ça pense, je dois advenir, où la privation de sens nous constitue comme êtres fondamentalement humains. Voilà quelques propositions résumées, condensées, de ce que j'avais essayé de poser la fois dernière. Vous voyez, on en sait toujours plutôt un peu en plus. Ceci dit, ce qui amène quelqu'un à l'analyse, c'est que ça pense en lui et ça fout le bordel ; c'est ce qu'il ne faut pas oublier.

 

QUE POURRAIT ÊTRE UNE ASSOCIATION DE PSYCHANALYSTES ?
Une association de psychanalystes et non pas une association de psychanalyse, pourquoi ?

Parce que dans le social, il y a des associations de psychanalystes comme il y a des associations de chasseurs. Il y a des gens qui font le job de psychanalyste et qui se regroupent au sein d'une association. Vouloir chercher une particularité dans une association par rapport à d'autres, est toujours quelque chose d'éminemment suspect, parce ce que c'est une façon de contourner tion du social d'une association. Avec le social, on ne peut pas trop essayer de manœuvrer. On peut manœuvrer, comme dirait l'autre, mais on ne peut pas biaiser. Ce qui est important dans les statuts d'une association de psychanalystes, c'est effectivement l'article 2 qui définit l'objectif, l'objet de cette association.

Donc, il n'y a d'associations que de psychanalystes. Que pourrait être une telle association si on essaie d'avoir en vue qu'elle ne soit pas simplement la gardienne du temple, qu'elle ne soit pas simplement gestionnaire d'une tradition familiale, freudienne ou lacanienne, par exemple ? D'être comptable du thesaurus, c'est très bien et fait partie de sa mission, mais c'est peut être un peu court comme ambition.

Je vais vous lire une proposition qu'à l'époque de l'invention freudienne, le bureau, en décembre 1989, avait faite aux autres associations issues de la dissolution de l'École Freudienne de Paris. Je m'empresse de vous dire qu'il y a eu zéro réponse. On était naïf à l'époque.
Comme ça a été quand même en grande partie ma prose, je m'en sers sans vergogne. Je prends l'exemple de l'adresse, qui permettra au passage de situer certaines questions et qui s'appelait :

« Adresse pour une association de psychanalystes. »

 

1) « Étant préalablement posé le principe du regroupement comme incontournable, pour faire consister le champ de la psychanalyse », c'est déjà une chose très importante. Nous avons encore des collègues qui pensent que "bricoler" dans leur petit coin privé, ça permet de tenir une position d'analyste. Certainement pas, là-dessus il faut être carré. « Étant préalablement posé le principe du regroupement comme incontournable, pour faire consister le champ de la psychanalyse, à ce moment où à nouveau, se pose pour certaines associations et en des termes à priori ouverts, la question des motifs qui président à l'organisation d'un regroupement d'analystes, il n'est pas indifférent de rappeler les points de savoir acquis concernant ce qui opère ou non comme efficace dans leurs constitutions. » Là, il s'agit bien d'un savoir, on est d'accord.

« Ainsi, premièrement, on ne peut ignorer qu'il ne faut plus considérer comme normal, voire comme légitime, la multiplication des regroupements fondés sur la mise en exergue de petites différences des systèmes d'énoncés ou de petites différences d'aménagements pratico-théorique d'organisation. » A une époque, il y avait une douzaine de groupuscules qui étaient issus de la dissolution de l'École Freudienne. Maintenant, je ne sais plus à combien on en est, qui se définissent tous par leur particularité dans leur système d'énoncés. « La défense et l'illustration de petites différences constituent autant d'arguments d'autorité dont les démonstrations aussi sophistiquées soient-elles, sont rigoureusement infalsifiables ». Poser une association sur des petites différences d'énoncés, tombe sous la critique, de ce point de vue là, incontournable, de Popper.
« Symétriquement, on ne peut ignorer qu'il serait illusoire de recourir à la pratique œcuménique, syncrétique qui prétendrait installer un consensus autour d'accords noués sur des points de doctrine isolés de tout Glossary Link contexte. »
Effectivement, il y a quand même une question, c'est que, de même qu'en politique, il faut au moins en démocratie un bipartisme, il est probable que dans les champs de la culture ou de la création, il y a généralement au moins deux crémeries, mais cela suffirait largement, parce que c'est vrai qu'il y a des systèmes d" énoncés incompatibles, au moins dans ce qui fait tenir un regroupement.
« Se déterminer en positif ou en négatif, sur des différences d'énoncés, tient de la pratique surréaliste du cadavre exquis et se révèle antagoniste aux enseignements de Freud et Lacan, concernant la dynamique de consistance de la doctrine psychanalytique.
Enfin, on ne peut ignorer le risque qu'il y aurait à succomber à la tentation d'homogénéisation par le recours au dogme. On sait dans quel système social, une telle option mène ». Là- dessus je me suis expliqué à plusieurs reprises, une des caractéristiques d'une société totalitaire, c'est justement, ce qui a été magistralement montré par les travaux de Claude Lefort, l'homogénéisation du champ social.

« En tout état de cause, toutes ces solutions provoquent à l'exclusion et n'en finissent pas de rouvrir dans la répétition, la problématique d'un prétendu développement séparé. » Sans être prophètes, il y a des choses qui sont non seulement prévisibles mais qui sont déjà pratiquement assurées. Entre 1989 et 2002, je pense que ce n'est pas par hasard, si à certains moments, un certain nombre de scissions se sont faites autour du vol de propriété de ces énoncés. A partir du moment où vous êtes obligés de converger sur une doctrine, sur la pensée unique, comme on le disait, comme on le dit toujours, on ne peut faire que de se répéter et de se piller mutuellement. Que ça entraîne énormément de haine, c'est certain. Je veux dire que de nouer une association de cette manière là, détermine ce genre de comportement.

 

2)« On ne peut ignorer que le centralisme pyramidal et hiérarchique est héritier d'abord d'une tradition d'abord royale, puis jacobine à la française. En tant que telle, elle relève d'une conception passéiste de l'organisation sociale, où le fait de s'étendre, à partir d'un centre, était signe d'existence. Conception donc erronée de l'espace et du temps. » C'était l'idée qu'une association était vouée à s'agrandir pour pouvoir survivre comme une entreprise. Une entreprise ne peut survivre que si elle s'étend. On faisait une association pour prendre des parts de marché. C'est comme ça qu'on a fabriqué une ou des multinationales de la psychanalyse.

« Aujourd'hui et depuis qu'on s'est aperçu que des temps superposés coexistent au sein d'un même système organisationnel, une dynamique de l'écart est nécessaire pour qu'il y ait de l'un. Pas de dynamique narcissique du "moi / je", mais la polarisation d'un champ à partir d'identités culturelles non hiérarchisées et non localisées. Aussi, n'y a t-il pas de "lointaines provinces" élaborant dans l'archaïsme de vagues thèses mineures.»
C'est un point qui est important, puisque dans les bonnes habitudes à la française, une association de psychanalyste est d'abord parisienne, alors qu'elle peut très bien avoir son siège à Paris et ne pas être parisienne. C'est pour ça que nous, on avait essayé, par exemple, de faire une association de psychanalystes dont le siège était à Toulouse, mais cela ne voulait pas dire qu'elle était toulousaine pour autant. C'est un point très important, parce que vous savez bien, qu'à travers l'organisation et la manière de faire fonctionner une telle association, il y a effectivement les thèses "mineures" et les autres...

3) « On ne peut ignorer que pour les effets de "penser", il n'y a ni centre, ni périphérie, ni continuité. Le "penser" à l'instar du désir qui le motive, se déploie dans la discontinuité temporelle et ignore le spatial. Il n'y a donc pas de temps assigné, ni de lieu géographique spécifié pour en maintenir la tension. Mais son émergence n'en dépend pas moins des conditions nécessaires, en particulier dans la reconnaissance d'un corpus théorique comme système ouvert d'énoncés et de concepts qui constituent la doctrine psychanalytique. Il n'y a de "penser" possible que de mise en situation d'un référent. » Système ouvert d'énoncés, si on bloque déjà le truc à l'origine, on cherche à ce moment là à faire des adhérents, pas des gens qui s'engagent.

« Une fois affirmé ainsi le postulat "d'unicité de la psychanalyse", comme pari éthique et comme pratique de la Glossary Link parole, qui remet en jeu le rapport de l'humain au langage dans la réinvention de chaque cure, il convient de poser comme liminaire :
-qu'on se regroupe à minima avec la volonté chez chacun de stimuler son système d'énoncés en situation pour en faire un support de parole, voire une pratique du lien social. Le lien social n'étant pas quelque chose qui est donnée par avance, mais qui est l'effet du travail qu'on fait un par un.
-qu'on admette que cette pratique énonciative a pour fonction de remanier chaque système d'énoncés.

C'est à ce prix qu'on peut éviter le recours à la tradition qui se justifie de l'attachement (et non de la fidélité) aux morts. Tradition qui ne peut en aucun cas servir de prétexte au regroupement des psychanalystes. En effet, nul n'ignore que la tradition, qu'elle soit psychanalytique ou autre, fonctionne comme un système d'énoncés transformable selon les principes logico-mathématiques mis en évidence par Lévi-Strauss. Qu'à ce titre, la tradition n'est qu'une variante moderne des systèmes mythologiques qui font consister les groupes sociaux des sociétés sans écritures. »

Je pense que là-dessus, vous m'avez suffisamment entendu ronronner des choses, pour que ça commence à vous parler. Gérer une tradition c'est faire de la mythologie.

« Or, si l'on veut que la psychanalyse ne soit pas assimilable à un corpus mythologique, alors à la suite de Freud et de Lacan, on doit bien être forcé d'admettre que la doctrine, si elle s'en démarque, ne peut s'affirmer que dans un incessant mouvement de remaniements. Freud et Lacan, comme "inventeurs" de la psychanalyse, s'y sont adonnés toute leur vie. Ils ont éprouvé dans leur mode d'être personnel, la nécessité de perlaborer en permanence les concepts qu'ils avaient eux-mêmes définis. C'est uniquement sur le plan Glossary Link collectif qu'ils n'ont pas réussi à faire passer cette exigence.

Aussi, et cela peut être a-t-il pu constituer pour eux un drame, ils recourent à la solution de la tradition pour préserver la "pureté", "l'intégrité" des systèmes d'énoncés qu'ils avaient édifiés et pour préserver du même coup la cohésion de l'organisation des analystes. Cette incapacité doit être mise en résonance, avec leur double position à l'égard du père. Ce recours à la tradition est sans doute tenable dans l'univers scientifique et culturel de Freud et de Lacan. A notre époque, on peut faire autre chose.»
C'est vrai qu'alors on y allait avec des gants, parce que déjà dire ça, c'était évidemment complètement iconoclaste. Du fait de leur position par rapport au père, il y a un divorce dans la psychanalyse. Tout à l'heure, il était affirmé le principe d'unicité de la psychanalyse, je ne sais pas si aujourd'hui je le dirai encore ; je pense que maintenant là où nous en sommes, je ne dirai plus ça. Je pense qu'il y a bel et bien des psychanalyses. « A notre époque, on peut faire autre chose et poser :

- « La psychanalyse est à la charge de ceux qui la réinventent jour après jour». C'est essentiel.

- « Une polarisation du champ de la psychanalyse impose qu'il se trouve, d'une part, un référent doctrinal... » qui peut être l'œuvre de Freud, l'œuvre de Lacan. Cela peut être tout ce qui est daté en quelque sorte ; tout travail d'élaboration qui a trouvé son terme, fait parti des œuvres de la psychanalyse.
Donc, on peut très bien utiliser n'importe quel travail daté qui a fait œuvre, comme point de départ, comme référent doctrinal sur lequel on va appuyer un travail associatif. Donc : « Une polarisation du champ de la psychanalyse impose qu'il se trouve d'une part un référent doctrinal, d'autre part un collectif d'analystes pour en soutenir l'exigence dans le social. »

Le collectif évidemment, c'est une grande naïveté que de penser que cela peut fonctionner. Je vous l'ai déjà dit, je pense qu'au mieux, on sait faire du Glossary Link groupe et de la communauté, mais que le collectif suppose qu'on se rencontre hors contexte pour se faire part mutuellement de nos élaborations. C'est sans doute largement hors de portée de quasiment tous les humains.

- « Un tel regroupement de psychanalystes ne peut pas être identifié à un lieu géographique qui ne pourrait être que sacré.

Comme cela pense partout et dans le discontinu, nous proposons pour faire obstacle au couple infernal centralité /décentralité, une organisation de type rhizome, empruntée à Gilles Deleuze et Félix Guattari avec trois niveaux d'instances. Trois niveaux d'instances qui actualisent la dialectique ternaire qui circonscrit le champ de la Glossary Link réalité sociale. »

Premièrement : l'instance des énonciations singulières. « A l'instar de ce qui se passe dans la cure grâce au protocole institué par Freud, il s'agit de ménager des lieux protocolaires où pourrait se performer du dire comme tel. Il semble qu'à certains égards, le conseil de la convention psychanalytique avec son protocole de candidature particulier n'était pas sans avoir à voir avec cette préoccupation, à ceci près qu'il fonctionnait comme instance permanente pour ceux qui y avaient accédés. L'Académie Baroque à Toulouse avait cette ambition avec son protocole aussi de permettre la performance d'un lien social... Sans doute le protocole de la passe du côté "passant" comme prise d'acte de l'être dans la parole, participe de cette instance. Cette instance atteste de l'efficace de la transmission.

Deuxièmement, l'instance de la prise en compte des remaniements des systèmes d'énoncés. Pour reprendre la dichotomie lacanienne concernant la réalité sociale, "versant culture de la réalité sociale ", les modalités concrètes concernant cette instance sont les plus nombreuses et les plus explicites. » A l'époque on avait : le cartel, la passe, côté jury et côté passeur, (on avait isolé avant le côté passant), le groupe de lecture, le séminaire, la journée d'étude, le colloque, le congrès, les relations avec les sciences affines.

C'est dans cette instance que se fixe d'une manière privilégiée "les enseignements de la psychanalyse", expression à prendre dans sa polysémie. Ce sont ces institutions qui font obstacle à la sclérose d'une tradition.

Troisièmement, l'instance des systèmes d'échanges des biens culturels pour reprendre la dichotomie lacanienne, "versant société de la réalité sociale". En effet, il serait peut être bon de s'interroger sur les modalités de financement des activités d'une association d'analystes, dans l'environnement économique qui est le nôtre. Peut être le paiement de la cotisation devrait être remis à sa juste place, qui est de marquage de l'engagement associatif. Dans cette perspective, il faudrait envisager le financement de l'association par des moyens autres, non incompatibles avec son objet.
On peut penser que l'activité d'édition et l'activité de librairie (et non pas uniquement de bibliothèque), pourrait être source de revenus.
Par ailleurs, on ne pourrait exclure les revenus apportés par l'organisation de congrès ou de journée d'études. Ces activités pourraient s'inscrire dans des structures juridiques autres qu'associatives. Ainsi l'association, personne morale fictive, cesserait de vivre de la taxation ou de la charité de ses membres au nom de la défense de la cause ».

 

QUELLES ACTIVITÉS ASSOCIATIVES EN DÉCOULENT ?

I) Dans les activités associatives qui en découlent, il y a d'une part, les groupes de compilation. Les groupes de compilation sont en quelque sorte, des groupes d'enseignement de la tradition de la discipline ; il faut se cultiver dans la discipline dans laquelle on souhaite travailler. La psychanalyse, bien qu'elle ait un siècle, a déjà une longue littérature et il est très bien avec d'autres de lire ensemble un certain nombre de vestiges de cette tradition, qui ont amenés petit à petit la psychanalyse à devenir ce qu'elle est.
C'est d'ailleurs important de savoir qu'une discipline est vivante et qu'il ne faut pas qu'elle reste figée là où elle était posée à un moment donné. Ce qui pour des contemporains est un risque toujours redoutable de penser que là où ils sont, on est dans l'intemporel. Un groupe de compilation, je dirai qu'il peut être largement ouvert à tout quidam qui a envie de se cultiver sur la chose de l'inconscient. Je veux dire que c'est un peu en dehors des trajets analytiques proprement dits. Vous allez voir pourquoi cette question est importante.

 

II) Après, les lieux de lecture. Les lieux de lecture c'est totalement différent. On est déjà dans une sorte de perspective où en ayant accédé par une psychanalyse personnelle au lien social, en principe, on est devenu un petit peu, ou on est redevenu un peu inventif. Les lieux de lecture sont des lieux où partant d'un travail qui a été fait sur une question concernant le champ de l'analyse, puisqu'on parle de psychanalyse, on fait des lectures, et faire la lecture, c'est inventer sa version d'un texte.
Au fond, un texte nous intéresse tant qu'il a suffisamment d'opacité pour continuer à permettre des lectures qui n'avaient pas encore été faites jusqu'à aujourd'hui. Il y a des textes savants mais qui sont vides. Il y a des textes qui apparaissent d'une grande facilité comme les textes freudiens et qui résistent. Ce sont d'excellents textes qui sont encore disponibles actuellement pour l'invention des analystes. Il faut dire que les textes de Freud, sont en majeure partie des écrits. Ca laisse à sa périphérie ce qui en fait l'os.

Alors, bien sûr un lieu de lecture, c'est déjà très discutable de s'engager là-dedans quand on est soi même au cours d'une analyse et qu'on n'a pas encore accédé à la parole. On est dans des moments où malgré tout, on est vite fasciné par tout ce qui se présente comme prêt à porter, parce qu'on est tellement en difficulté qu'on ne sait pas comment faire et que s'il y en a un qui pouvait se charger pour nous, d'avoir à penser notre vie, évidemment, on ne se priverait pas d'y avoir recours. C'est de ça que l'analyse est morte.

 

III) Groupes de confrontation au contexte d'énoncés C'est une autre forme de groupe qui me paraît fondamental : partir de l'idée que l'analyse, comme les autres disciplines, est née d'un contexte historique, dans la science et la culture. Si on ne se cultive pas dans la macro-culture, on n'a aucune chance de pouvoir remanier les énoncés d'une discipline comme la psychanalyse. Je crois que cela a été une des grandes limites, une carence des analystes d'être globalement très incultes, très savants dans le champ de la psychanalyse et très incultes pour ce qu'il en est de la culture.
Je crois que ça fait parti d'une nécessité, d'un impératif quand on s'engage dans la psychanalyse, d'être homme ou femme de culture. Ce n'est que dans une confrontation aux contextes d'énoncés de la macro-culture, qu'on peut réinventer les énoncés qu'on essaie de travailler dans la psychanalyse.

 

IV) les lieux d'énonciations. Je prendrai comme lieu d'énonciation, vous comprendrez pourquoi, l'Académie Baroque.
Voilà, un petit peu comment on avait libellé le protocole de l'Académie Baroque.
Pourquoi Académie Baroque ? Académie par ce côté un petit peu ritualisé de gens qui se réunissaient à l'époque une fois par mois, le samedi matin et le côté Baroque, parce que le baroque évoque à la fois la fin d'une période et déjà en gerbe l'avènement d'une autre, un nouveau jour qui se lève.

Le protocole disait ceci : l 'Académie Baroque comme lieu d'énonciation où sur convocation, une Académie se réunit. Chaque participant s'engage à prendre parole, attestant d'une position de transmission et non de communication. Cela veut dire une chose très simple, c'est qu'une fois que quelqu'un a parlé, on se lève et on s'en va, alors que la manie qu'on a généralement c'est de vouloir "discutailler" pour être sûr qu'on a bien compris et qu'on va communiquer enfin ; justement là, est radicalisée la question de la non-communication de la parole.

L'institution du protocole stipule :
- d'une part, que chacun prend sur lui la responsabilité des personnes à qui il propose d'intervenir. Principe d'ouverture du "groupe" qui fait obstacle à la sectarisation. C'est vrai, que si un groupe se ferme et se réunit entre ses membres en étant fermé pendant un an ou deux, je ne donne pas cher de son ouverture en fin de course.
- D'autre part, que les prises de parole ne se soutiennent que du contexte réalisé par la présence protocolaire muette des participants. Tout le monde se la ferme. Principe de non-retour de la communication.
- Qu'à chaque réunion, se performent une élaboration sur la psychanalyse ainsi qu'une question issue d'un autre champ. Encore une fois, la question de transmission n'est pas une question spécifique de la psychanalyse, simplement la psychanalyse s'y intéresse directement. C'est pourquoi la moindre des choses c'est que des gens qui ne travaillent pas dans le champ de la psychanalyse, mais qui sont des gens de transmission, se sentent éventuellement conviés. Principe de prise en compte des énoncés de la macro-culture par le champ restreint de la psychanalyse. Voilà pour ce qui était de l'Académie Baroque.

 

V) Tels sont les différents groupes que l'on peut voir dans la vie associative : groupes compilations, groupes lieu de lecture, groupes de confrontation aux contextes d'énoncés, lieu d'énonciations.

 

VI) Enfin les séminaires, où chaque "séminariste" élabore une théorie de l'acte psychanalytique : remaniements et non pas clonage. Souvent il faut bien le dire, dans les milieux analytiques, les séminaires ont pris souvent la forme d'une transformation plus que d'un remaniement. Dans la transformation, on dit les choses autrement, mais on dit les mêmes choses, on est dans le même. Dans le remaniement, on essaie de faire autre chose. Ce qui veut dire qu'à mon avis, il est rare, je crois qu'on soit analyste avant 40-45 ans, parce qu'il faut être revenu de beaucoup de choses et qu'avant, c'est humainement très problématique. Donc, il est difficile de penser qu'on va pouvoir soutenir un séminaire avant la soixantaine.

 

Comme on le voit, la fonction dévolue à une association de psychanalystes dépend de ce qui fait doctrine entre les membres.
Dans le cas de Freud, vous vous souvenez que ce qui l'avait poussé à monter l'I PA, l'Internationale de la Psychanalyse, c'était l'idée qu'en montant un groupe international, on allait un petit peu socialiser les relations entre les gens qui étaient trop dans les pulsions partielles.

Une association peut donc servir à désexualiser, si on reste dans une théorie complètement sexuelle de la psychanalyse, genre Freud. Dans son cas, les groupes nationaux étaient trop endogames, et il fallait donc essayer de leur permettre de goûter à la fraîcheur de l'exogamie, en ayant à se confronter à d'autres cultures qu'aux leurs. Ca, c'est dans le cadre de Freud.

Dans le cas de Lacan, c'était plutôt de perlaborer des variations sur le même et sur l'UN-stitution avec des effets de normalisation, de sectarisation, d'exclusion ou de scissions périodiques.

A Toulouse, vous êtes particulièrement bien placés pour le voir. Ce n'est pas partout pareil. Une telle association freudo-lacanienne est d'abord la gardienne du temple, de l'héritage familial de l'œuvre du grand disparu. Heureusement, asseoir une association sur la gestion d'une tradition, foire toujours, cela est à retenir. Tous les gens qui se sont essayés à bétonner une association pour bétonner une tradition, se sont cassés les dents. Il y a toujours des gens qui passent par les fenêtres. Évidemment, cela se paie bêtement du prix d'une haine indéfectible, de ruptures de réseaux d'amitiés... Vraiment cela devient des affaires sordides et ça se paie de scissions permanentes, parce que la seule manière d'exister, c'est de partir. Dès que quelqu'un essaie d'exister un peu fort, et bien, il va faire sa boutique ailleurs.

Donc, une tradition ça foire toujours : on peut dire que l'IPA a expérimenté ça avec l'exclusion de Lacan et que Lacan a exploré ça avec, disons sa famille, à travers la diaspora des constellations avec l'ECF, et cela continue...

Une telle association pourrait être peu ou prou gardienne d'une certaine éthique ou d'une certaine déontologie. La déontologie, c'est plutôt ce qui se fait ou ce qui ne se fait pas entre confrères, il y a des règles dans la manière de travailler entre nous. L'éthique c'est une certaine façon de se tenir. Par exemple, est-ce qu'il est éthique pour un psychanalyste d'accepter les feuilles de Sécu ? Par exemple, un ordre aurait pu se positionner sur des questions comme ça. Donc, une association pourrait aussi permettre une réelle socialisation. D'ailleurs elle a toujours une certaine fonction de réelle socialisation, même si cette question est complètement ignorée de certaines associations qui sont faites sur des bases d'accords et désaccords.

Ce qui est certain, c'est que les associations sont une nécessité pour les analystes et de toute manière indispensables.

Je crois qu'il y a une chose qu'il faut avoir vraiment dans la tête : seul le collectif produit. On ne peut rester seul. Les gens qui restent seuls, déjà dans leur vie ce n'est pas triste, alors dans le champ du travail, ils disjonctent très vite aussi.

Quant à l'estampille attribuée par une association à quelqu'un pour dire qu'un tel ou une telle relève bien de la formation de la boutique en question, telle que cette boutique considère être la formation, ceci n'est pas un critère de qualité ; c'est un critère de nomination, comme il en existe dans toutes les associations qui se donnent une vocation ou une mission d'enseigner ou de former des gens. Il y a toujours une sanction nécessaire quand on est dans la vie sociale. Ce n'est pas plus que ça.

Donc, qu'une association reconnaisse tel ou tel comme faisant parti ou pas de la formation qu'elle propose, (pour être rigoureux il faudrait uniquement réduire ça à l'enseignement, c'est à dire au groupe de compilation), le faire est tout à fait à bon droit.

De là, à se croire quitte avec les rites de nomination, c'est autre chose : une fois qu'on est allé faire de l'entrejambe, si on considère que l'on a plus du tout à travailler, cela relève plutôt d'une imposture, car la question demeure : comment une association qui fait fondamentalement obstacle à l'invention subjective peut-elle, ne pas l'empêcher, la permettre ?

Vous savez très bien que le boulot d'une association ce n'est pas d'être inventive, c'est de se conformer à l'article n°2 de ses statuts : l'objet, par tous les moyens qui sont à sa disposition. A l'heure actuelle, je ne sais pas où ça en est, c'est une question qui me désintéresse au plus haut point, tellement je la trouve insignifiante. Il me semble, que les associations jusqu'à l'époque où je m'intéressais un peu à la question, n'étaient d'accord sur rien entre elles.

Il y a eu une tentation du législateur récemment, sous la dernière Assemblée, qui sous couvert de lutte contre les dérives sectaires, a tenté de réglementer, au titre de la psychothérapie, qui peut être psychothérapeute et qui ne l'est pas. Il y avait bien évidemment des associations de psychanalystes qui avaient vu le bon coup à faire, de se dire qu'elles étaient tout à fait prêtes pour recevoir la formation des impétrants, si on voulait aussi élargir le problème, et ne pas laisser ça simplement à des ordres médicaux ou autres.

Alors, la pratique psychanalytique, à mon avis, quelles que soient les organisations et les systèmes de procédures qu'on se trouve, ne peut rester que très élitiste. Il faut le savoir, c'est comme notre système démocratique. Qui plus est, la pratique analytique ne peut rester que très élitiste pour des gens qui ont, par ailleurs, une posture sociale de métier. On ne fait évidemment pas une psychanalyse pour devenir analyste. On fait une psychanalyse parce qu'on est déjà engagé dans le social, qu'on y rencontre beaucoup de difficultés, et parce qu'attester de ces difficultés dans une psychanalyse en tant qu'humain se pose. C'est un point évidemment très important : la pratique analytique n'est pas une posture sociale mais rendre compte de son travail est une ardente obligation. Voilà, ce que pourrait être à grand trait, une association de psychanalystes.

 

LES QUATRE TEMPS LOGIQUES DE LA FORMATION DU PSYCHANALYSTE ET LES QUATRE INSTITUTIONS DE LA PSYCHANALYSE

Ils attestent du passage de l'affectation par le savoir de l'Autre, (cette maladie, comme le rappelait Nietzsche en posant la question du savoir), à une position de transmission où le "penser" actualise le désir de l'autre en soi.

Comment à ces quatre temps logiques, correspondent les quatre institutions de la psychanalyse que sont, de mon point de vue, et je m'en expliquerai : la cure, le contrôle, l'Académie Baroque, dans mon exemple et le séminaire.
L'enjeu d'une psychanalyse : passer globalement du transférable à du transmissible.

 

I. La cure
l'objectif assigné à une cure, c'est d'accéder à la transmission. A l'arrivée en psychanalyse, nous sommes plutôt affectés, voire causés par quelque chose qui est extérieur à nous. C'est là où la formule l' "objet cause de désir", il faudrait même dire de plaisir d'ailleurs, ou de déplaisir, mais d'intensité, on va dire, est valide. Les gens se posent la question de commencer une analyse, quand ils n'ont pas d'identité à eux. Ils n'existent pas, ils sont causés : l'idée de causalité psychique aurait un petit sens à cet endroit là.

D'être pris dans les agalmas de l'autre est ce dont on à se déprendre, les agalmas étant, dans la bonne tradition grecque reprise par Platon et après dans l'enseignement lacanien, les objets dont on se pare. L'agalma, c'est un objet dont on se pare. D'être pris dans les objets de l'autre dont on se pare, c'est bien ce dont on a à se déprendre. Ces agalmas concernent toutes les personnes ou toutes les instances que vous pouvez imaginer. Dès qu'il y a de l'objet cause de jouissance et non pas de désir, cet objet est sexuel par définition et les systèmes homéostatiques sont mis en position de représenter quelque chose pour quelqu'un d'autre. Ca fait forme plus ou moins aspirante, ça donne des solutions, ce sont des actes d'adéquation.

Par définition, si ça transfère, c'est qu'il y a du sexuel ou du familial en jeu. L'objet cause de jouissance tient lieu de désir.

Voilà un peu la situation dans laquelle on se trouve quand on vient demander une psychanalyse. Le transfert c'est bel et bien quelque chose dont on a à se déprendre ; il ne s'agit pas de l'encourager dans le travail. L'enjeu de la cure va être de construire des objets qui ont un rapport avec le désir qui les anime. Encore faut-il que la cure s'inscrive dans un rapport social.

Il faut donc, déjà, que la mission assignée à la cure concerne l'avènement du lien social et non pas une mise en adéquation de ses relations familiales ou de sa vie affective. Le désir comme puissance d'exister, se donne concrètement comme désir et fonde tout désirable. Par le désir, l'homme ainsi rendu à son unité psychophysique est à l'origine de la constitution de l'objet comme objet désirable, c'est à dire comme valeur. « Nous ne jugeons qu'un objet est un bien que parce que nous nous efforçons vers lui, parce que nous le voulons, le poursuivons, le désirons. »Manière parmi d'autres de prendre acte du fait que l'accès à la parole comme expression du malaise humain renvoie à la pensée qui renvoie elle-même à un sujet qui n'est pas une partie du monde, mais un "présupposé de son existence".

De même, on pourrait dire que l'accès à une position singulière n'annule pas l'objectivité du point de vue des savoirs, ni la Glossary Link subjectivité des expériences ou de la réalité qu'on a vécue.

Reste à éprouver le protocole de l'analyse comme l'instrument de production d'un accès à une position subjective, singulière et au lien social.

De ce point de vue là, d'un côté on est affecté par des causes, des objets extérieurs à nous qu'on vit comme des causes et qui nous font exister. Petit à petit, on prend la mesure de cet asservissement quand il s'agit des rapports familiaux et on prend la mesure de l'aliénation constitutive quand il s'agit du social. A partir de là, on va petit à petit élaborer une position subjective qui nous fera accéder au lien social, puisque le lieu du désir c'est le social, non pas le familial.

Une fois qu'on en est là, on pourrait dire qu'une cure c'est quand même un lieu très privilégié pour l'apprentissage des codes. D'ailleurs, il y aurait toute une clinique à faire sur la manière qu'ont certains de quitter une psychanalyse. Evidemment le positionnement des gens par rapport aux codes s'atteste dans la façon qu'ils ont de terminer ou d'en finir avec la question de l'analyse. Il y en a, c'est sans rien dire, il y en a d'autres, c'est en parlant ; il y a toutes les variantes. La fin de la cure c'est soit le moment où l'on commence à élaborer du lien social parce que le désir a bifurqué d'avec la problématique des jouissances, soit le moment où l'on a un peu désintriqué ce qui concerne la gestion du corps et la gestion du désir ; on arrive à peu près à bricoler du désir et du lien social.

Maintenant, il va falloir le poser, parce qu'on est quand même, si on peut dire les choses, on est malhabile dans la façon de soutenir le lien social à la fin d'une psychanalyse.

Si on a décidé de s'engager dans l'analyse comme analyste, il s'agit d'éprouver ce lien social qu'on croit avoir dégagé dans la cure. Il s'agit du contrôle bien évidemment cette seconde institution de la psychanalyse. Beaucoup de contrôles permettent d'attester qu'on n'en a pas fini avec l'analyse. C'est pour ça que personnellement, après avoir pas mal bricolé, c'est vrai qu'il m'est arrivé peut être plus souvent qu'à mon tour de permettre encore à des gens en analyse de parler de leur travail. Ce n'est pas une façon de reconnaître les gens dans leur position d'analystes, parce que c'est vraiment la pire des ''vacheries'' à faire, parce qu'après tout ce n'est pas forcément désirable de s'engager là-dedans, mais cela leur permet de pouvoir relancer les questions non réglées dans l'analyse, plus facilement.

 

II. La seconde institution de la psychanalyse c'est éprouver le lien social : le contrôle

Accéder au subjectif n'est pas accéder au singulier. Le subjectif n'est pas le singulier. Il me semble que le contrôle pourrait aider ou servir au passage d'une position désirante subjective encore adressée où l'on parle à quelqu'un, (alors que l'on n'est pas dans une relation duelle), à une position singulière qui elle est non-adressée. Quand je vous parle ce soir, je ne m'adresse pas de façon duelle, ce n'est pas adressé, j'ai des choses à dire.

Dans un contrôle, on est encore dans ce moment où on s'adresse à quelqu'un mais petit à petit, quand les gens s'aguerrissent un peu dans leur travail, il y a un moment où ils ont des choses à dire et ils attendent moins ce que l'autre va en penser que ce qu'ils ont à dire, la manière dont ils vont être modifiés dans leurs pratiques à travers ce qu'ils disent de ce qui leur fait problème dans leur travail.C'est vraiment à ce moment là que cela ne va plus être une question de subjectivité, que cela va être une manière de se tenir dans une situation bien donnée, dans une situation non-adressée.

C'est important ce passage d'une position adressée à une position non-adressée, me semble t-il.

L'enjeu du contrôle c'est l'accès au lien social en fin de la cure éprouvé dans le contrôle. Pour celui qui se met en position d'analyste, le contrôle active l'invention dans un éprouvé particulier de lien social, un par un, prolégomène à soutenir l'invention dans le collectif ; temps d'anticipation. Vous savez combien quand on se lance à accueillir des patients, c'est toujours anticipé. Ca a souvent de très bons effets d'ailleurs paradoxaux, car comme on ne fait pas trop le maître avec les premiers, souvent on se laisse guider par les gens qu'on analyse et du coup ils nous font travailler : on devrait les payer !

Quand on va essayer d'élaborer l'acte analytique dans le contrôle, on va tester aussi si ça foire, si on n'en est pas là, si ça ne tient pas. Au fond, l'objet du contrôle, ça va être de penser l'acte analytique.

Mais bien évidemment, on ne peut pas penser l'acte dans une position singulière sans participer par ailleurs aux institutions de la psychanalyse qui permettent d'accéder à la Glossary Link singularité de la discipline.

Les groupes de compilation, peuvent être ouverts à tout humain que cela intéresse. Par contre, me semble-t-il, il serait très sage de pouvoir terminer une cure, ne rien faire d'autre et dans un second temps, si on s'engage dans la psychanalyse, à ce moment là de s'intéresser aux autres institutions. C'est mon point de vue.
Ce sont des propositions évidentes mais qui n'ont pas été tenues, tellement est forte l'aliénation dans les énoncés sociaux. J'en parlais l'autre jour à propos d'Heidegger et du national socialisme : il était tellement pris là-dedans, qu'il était forcément nazi lui-même, dès lors qu'il n'avait pas pu élaborer : « Qu'appelle t-on penser ? » Mais quand on commence à s'engager comme analyste, on n'en est pas à pouvoir élaborer l'acte analytique, donc on est forcément le jouet des énoncés d'une association d'analystes qui posent des choses comme évidentes. A ce moment là, ça se paie du prix de l'analyse. Les gens qui s'embarquent trop tôt dans des associations, ne peuvent pas faire d'analyse. Voilà pour le contrôle.

 

III. Dans la troisième institution de la psychanalyse, l'enjeu va être de collectiviser, de faire du collectif. C'est là que je voudrais situer l'exemple de l'Académie Baroque, comme se substituant à la passe et au cartel. Je vais expliquer pourquoi.

Il s'agit maintenant de rentrer dans du collectif. On a plus besoin de soutenir un lien social duel adressé, on arrive à peu près à s'autoriser de soutenir un lien social non-adressé, et on va pouvoir travailler avec d'autres dans du collectif.

Dans un processus à peu près convenable, on peut penser les choses comme ça. Il faut s'inscrire dans du collectif, d'abord parce que seul le collectif produit, et qu'on ne se sauve pas seul.

Pourquoi l'Académie Baroque comme exemple et pas le cartel et la passe ? La compétence attribuée, dans mon exemple, à l'Académie Baroque est venue de la nécessité de tester une institution sociale de transmission qui n'aille pas contre sa fonction de transmission, c'est à dire qui permette aux gens de penser un peu, ce qui ne semble pas être le cas du cartel et de la passe dont les fondements ne sont pas avérés.

J'explique pourquoi, de mon point de vue. Il y a évidemment des gens que cela ferait hurler, c'est bien pour ça que je ne les ai pas invités à venir ici.

Dans le cartel, le processus subjectif d'accès au savoir Glossary Link insu, intra-psychique, par le psychanalysant est identique au mécanisme d'acquisition des connaissances cumulées dans la culture par le postulant psychanalyste. Vous entendez ça, hein ! Cette conviction lacanienne...(Lacan avait des croyances aussi, pas toujours des convictions) disons , cette croyance lacanienne qu'il ne peut y avoir de transfert de savoir que par le truchement obligé du transfert de travail, fonde le cartel sur l'amalgame du terme enseignement dans deux significations incompatibles, où l'enseignement est à la fois l'effet du dévoilement de la psychanalyse "déplacée" dans le social, et le transport culturel du savoir à acquérir de l'un vers les autres.

Dans cette croyance, l'inconscient est un savoir, première chose, et deuxièmement le social institutionnel fonctionne comme la cure, pour le dire autrement. De fait, l'agencement du cartel est une reproduction dans le social du protocole de la cure où le "plus un" se substitue en position d'enseignant, leurre du "Sujet Supposé Savoir", au psychanalyste.

Dans le cartel, faute de la prise en compte d'une discontinuité radicale Glossary Link réalité psychique et réalité sociale, --je vous dis à nouveau que c'est ce à partir de quoi, je vous ai proposé ces rencontres du mardi depuis deux ans-- la continuité affirmée entre réalité sociale et réalité psychique dans le cartel, réduit le lien social au transfert généralisé. Il n'y a alors de lien social que de transfert d'où découle une indifférenciation entre enseignement et transmission, porte ouverte à toutes les manipulations et à une négation tant de l'inconscient que de l'Invention freudienne, (et non peut être pas découverte freudienne). Dans cette optique, on peut dire en un mot que l'inconscient fonctionne comme un savoir. Voilà, à mon avis, pourquoi le cartel n'est pas une institution analytique avérée.

S'agissant de la passe, il n'y pas de différence entre psychanalyse didactique et thérapeutique. Lacan l'a réaffirmé fort, je crois qu'on ne peut que souscrire à ce point de vue qu'une analyse didactique, c'est simplement une analyse dite thérapeutique qui a été menée à son terme, alors que dans une analyse thérapeutique quand quelqu'un se sent un peu mieux, généralement, sa joie de vivre prend le dessus, il se casse. On ne peut l'en blâmer. Passer comme le fait Lacan, de l'affirmation qu'il n'y a pas de différence entre psychanalyse didactique et thérapeutique, à la nécessité d'une nomination, en l'occurrence institutionnelle, ce n'est pas rien. On pourrait dresser une longue liste d'effets dévastateurs.

Lacan conclut lui-même en juin 1979, à l'intransmissibilité de la psychanalyse et à la nécessité que «chaque psychanalyste réinvente la façon dont la psychanalyse peut durer ». J'ai déjà fait état de ces conclusions et je les ai commentées.

Par ailleurs, l'autre préoccupation de la passe est de savoir si le "candidat" est apte à participer à l'élaboration et aux "progrès" de la théorie psychanalytique.

Cette affirmation "d'intransmissibilité " rend caduque le montage de la passe, d'autant plus que l'aptitude à la réinvention de la psychanalyse n'est pas réductible à la capacité d'argumenter de manière cohérente des thèmes réputés communs. Les profs de la psychanalyse font cela très bien. Ils ont du métier. La capacité d'argumenter de manière cohérente des thèmes réputés communs, n'est pas de l'ordre de la transmission.

Il semble qu'en toute "fidélité", les élèves de Lacan auraient dû partir de là, c'est à dire de"l'intransmissibilité" de la psychanalyse pour continuer à élaborer dans le champ de la psychanalyse réouvert par Lacan ; au lieu de cela, en général, ils ont plutôt sacralisé cette expérimentation de Lacan et qui plus est, maintenant ça s'enseigne.

C'est sur cet argumentaire en tout cas, que nous avons proposé le protocole de l'Académie Baroque. Ce protocole vise à protéger des effets ravageurs du transfert dans les groupes et à permettre la mise à l'épreuve de l'invention subjective dans le collectif. Ce faisant, à l'encontre du Cartel, l'Académie Baroque fonde la discontinuité entre la réalité psychique et réalité sociale, réfute la réduction du lien social au transfert, comme position théorique, promeut la pratique du lien social intransitif "débarrassé de tout effet de groupe".

A l'encontre de la Passe, maintenant, l'Académie Baroque assume le non savoir concernant le devenir psychanalyste et fonde ce non savoir sur le roc de l'irréductible singularité subjective ; acquiesce au fait que «le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même et de quelques autres » au prix pour celui qui y souscrit, d'attester devant le collectif de ses pairs, de son accès à l'élaboration et à la réinvention de la psychanalyse ; ne procède à aucune nomination, puisque son protocole garantit simplement que celui qui s'y inscrit s'expose en position de transmission.

Bien plus, la transmission n'étant pas une spécialité de la psychanalyse, tout Parlêtre inscrit dans toute obédience que ce soit, peut éprouver la réalité de l'élaboration qu'il mène dans son champ.

Comme on le voit, il n'y a pas de quoi avec un tel protocole, assurer une carrière ou militer pour une expansion de la psychanalyse. Bien plus, le constat que l'analyse n'intéresse que ceux engagés dans ce champ, interdit tout prosélytisme. Autrement dit, on ne monte pas une association pour faire du monde, on monte une association parce qu'il y a des gens engagés dans le travail de l'analyse et pour lequel il est nécessaire de disposer d'un collectif pour travailler. C'est tout à fait la démarche inverse.

Pratiquement chacun qui participe à l'Académie Baroque, est invité à venir soutenir son élaboration actuelle, soit dans le champ psychanalytique, soit dans un champ de transmission.

Au regard de ces enjeux, je crois que c'est aussi important, les membres du collège de l'Académie, c'est à dire ceux qui ont accepté de faire parti du collège, prennent vis à vis de ceux qui s'y risquent d'évidentes responsabilités d'élaboration, mais non pas au titre de l'association. Libre à chacun d'intervenir et de tester d'autres dispositifs, dès lors qu'ils tentent de répondre aux questions posées par l'Académie Baroque en une mise en perspective cohérente.

Voilà ce que je voulais dire concernant l'Académie Baroque. Je l'ai un peu développé parce que je crois que l'enjeu pour la formation me paraît assez fort. Il s'appuie sur l'expérience qu'on a pu avoir dans un certain nombre de structures de travail analytique, permettant d'en faire la critique et d'essayer de proposer des choses qui permettent, moins facilement peut être, de retomber dans des ornières.

Je dirai aussi que l'Académie Baroque est un lieu où peut être testé une démarche catégorico-déductive, à l'envers d'une démarche expérimentale inductive qui a été, il faut le dire, celle de Lacan à la fin de sa vie. Il y avait bien eu le discours de Rome, qui avait fait penser qu'il était passé d'une démarche inductive, à une démarche déductive, mais ce qui est un signe malgré tout à peu près certain, c'est que malgré le discours de Rome, Lacan est retombé dans cette impasse quasi artistique avec ses nœuds borroméens. Je dis artistique en pensant par exemple, à la démarche de quelqu'un comme Mondrian qui, dans une première mouture, a une peinture réaliste et qui évolue après vers une seconde mouture en empruntant le chemin du formalisme, de la généralisation et de l'abstraction ; je pense que cette démarche à la mondrian est complètement légitime dans l'art, elle n'est pas légitime dans une démarche de science sociale où je situe la psychanalyse.

La non prise en compte du social dans la psychanalyse au fond, témoigne de l'impasse sur la question du père. Je pense que c'est cette question qui explique largement cette dérive systémique. Voilà donc pour l'Académie Baroque.

IV. Dernière institution de la psychanalyse de mon point de vue, le séminaire. L'Académie Baroque protège par son contexte, malgré tout, qui vous permet de vous lancer à soutenir votre dire, parce que vous êtes protégé par les corps présents et silencieux de tous les collègues qui font le travail, d'avoir la tenue de se déranger pour entendre ce que vous avez à dire, non pas à des fins de discussion et de communication, mais simplement parce que cela fait partie des choses qui se font quand on s'engage dans une association d'analystes. On ne vient pas quand c'est intéressant, on ne vient pas pour faire son marché. C'est une pratique de tenue, c'est pour ça que ça foire aussi très facilement. Mais malgré tout, l'Académie Baroque protège par son contexte, par tous ces corps silencieux qui vous écoutent.

Par contre, le séminaire, se risque à une voix ou à plusieurs voix, hors contexte et hors protocole, à réinventer la psychanalyse. Rien de moins, c'est à dire un remaniement des énoncés. Cette instance impose nécessairement que l'élaboration y soit collective, une voix par une voix, entre partenaires, sous peine de faire perdurer un rapport maître – élève que sa pratique était censée éviter.

Or, il conviendrait à tout le moins que son hétérologie rencontre des maîtres tel que Platon nous en donne l'illustration. On reste confondu qu'une telle instance, déjà fort en honneur lors du Concile de trente, (c'est quand même une invention des églises le séminaire !) ait été aussi banalisé, sans que les conditions en soient le plus souvent remplies, ce qui a contribué à ce que tout un public souvent "abouché" et en position d'illégitimité, s'en nourrisse au prix du maintien d'une dépendance coupable, cause de beaucoup de reniements. Je pourrai dire que de ce point de vue là, les clones de Lacan nous en avons eu à Toulouse, ailleurs aussi, d'assez jolis spécimens. Ce n'est pas affaire de personne, mais quand on met des gens dans ce genre de situation, évidemment, on trouve toujours du répondant.

 

LE CURSUS N'EST PAS LE GRADUS

Maintenant, je vais déambuler un petit peu dans la question du cursus. J'ai un peu de mal à m'intéresser à ça, je vous prie de m'en excuser. Le cursus ce n'est pas le gradus. Le gradus c'était par exemple de distinguer à l'époque de l'Ecole Freudienne de Paris :

1. Les gens inscrits à l'Ecole Freudienne, qui recevaient du courrier et qui participaient aux manifestations publiques s'ils le souhaitaient.
2. Les praticiens, ceux qui annonçaient à l'Ecole Freudienne, qu'ils s'installaient comme analystes, et l'Ecole freudienne prenait acte que ces gens là, disaient s'installer comme analystes, avoir une pratique analytique. Pas plus que ça.
3. Les AME (analystes membres de l'Ecole) qui étaient des gens dont le Directoire pensait que leur conduite sociale analytique n'était pas scandaleuse. Il y avait donc une liste de gens qui était établie, des gens qui ne faisaient pas scandale.
4. Et puis, ceux qui le voulaient, que cela intéressait ou qui avaient quelque chose à voir avec ça, soutenaient la Passe et devenaient analystes de l'Ecole. C'étaient des gens, qui en principe avaient un peu plus en charge que les autres l'élaboration qui allait fairedoctrine dans l'Ecole.

Donc ça c'est le gradus, mais le gradus, laissons ça aux gens qui s'amusent. Par contre le cursus ça c'est une question importante. C'est le foutoir ce que je vais vous raconter, mais ça ne fait rien, c'est peut être comme ça qu'on se dit des petites choses. Je vous disais tout à l'heure qu'on ne fait pas une analyse pour être psychanalyste. C'est évidemment le B.A.B.A quand on reçoit une telle demande, que d'essayer d'aller plus loin et de ne pas engager une analyse là-dessus, s'il n'y a pas un minimum de souffrance personnelle.

L'autre question que je redis ici, c'est qu'il n'y a pas de différence entre une psychanalyse thérapeutique et une psychanalyse didactique. Simplement, une psychanalyse didactique est une psychanalyse menée en principe à son terme, mais le terme est dépendant de la manière dont on élabore la théorie de la cure. Il est évident que pour moi le terme n'est pas le même que pour ceux qui ont théorisé la fin de la cure comme une espèce de parcours d'ascèse solitaire sans fin et sans but. Pour moi, la psychanalyse a un terme ; pas une fin, un terme !

Alors, c'est sûr aussi que quelqu'un qui a une formation de psychologue, ou de psychiatre d'ailleurs, est empêtré de savoir, je dirais plus les psychologues que les psychiatres, parce qu'il y a belle lurette maintenant que les psychiatres ont été un peu réformés du côté de la médecine. Les psychologues, par contre, en connaissent un bout. Ils ont même des Q C M ! Ils sont tellement empêtrés de savoir, que d'engager une analyse là-dessus, c'est évidemment un sacré boulot. Quelqu'un qui fait de la psycho et qui fait une analyse, ça ne lui facilite pas la tâche. Il faut vraiment ne plus en pouvoir, pour entrer malgré tout en psychanalyse. Entrer dans la psychanalyse, comme on entre en religion !

Malgré tout, ce qui est un enjeu dans une cure, et encore plus dans le devenir analyste, c'est qu'il s'agit de faire le tour un petit peu du savoir, de son savoir, du savoir en général, savoir qui nous soutient en début de cure et qui fait qu'on en sait beaucoup trop pour pouvoir inventer sa vie. Donc c'est quand même beaucoup de travail une cure et c'est aussi un engagement. C'est quand même un sacré engagement. Quand on devient analyste, n'en parlons pas. C'est pour ça que personnellement, je trouve très bien les gens qui marquent un temps de latence entre la cure proprement dite et leur cursus de formation. C'est dire que se sont des gens qui prennent un peu le temps de vivre.

 

CULTURE DE LA DISCIPLINE ET MACRO-CULTURE. Après, la formation, c'est autre chose. C'est vrai qu'il ne s'agit pas du même désir, le désir dans la vie et la manière dont on se tient dans le cadre d'une discipline ; c'est justement tout le passage du subjectif au singulier. Alors, c'est vrai qu'après, si on s'engage dans le devenir analyste, on va avoir à s'approprier les énoncés de la discipline pour apprendre à penser. Penser s'apprend dans le cadre d'une discipline. On peut être, comme le petit Hans, assailli par les pensées, mais penser s'apprend, c'est une autre démarche.

Pour ce qui est de s'approprier les énoncés de la discipline, je dirai que toutes les écoles font l'affaire. C'est même ce qu'elles font très convenablement, me semble t-il, toutes.
Elles ne se démarquent les unes par rapport aux autres, que par leur stratégie de formation. C'est sûr qu'une association qui va être créée pour être à la disposition des analystes, ne va peut-être pas fonctionner de la même manière que si on crée une association pour assurer la survie de la tradition d'un grand homme ou quelque chose comme ça, ce qui explique aussi pourquoi ce gigantisme abracadabrant.
S'il y a une contre-indication majeure à l'analyse, c'est bien toute perspective de pouvoir ; c'est tellement dérisoire en plus. S'il est vrai qu'un argentin vient faire son analyse à Paris, ce n'est pas bon signe. A une époque, on montait simplement à Paris des lointaines provinces, mais ça n'était pas bon signe non plus, parce que, qui faisait ça ? C'était ceux qui avaient les revenus suffisants ou qui avaient la respectabilité sociale suffisante pour aller chercher une investiture symbolique. Mais vous savez bien que l'analyse est inversement proportionnelle à cette question, donc, ces déplacements tendent à faire fonctionner la cure comme une pédagogie sur le modèle de la formation des profs. Ce n'est vraiment pas une réussite, s'agissant de psychanalyse ; généralement cela fait des gens stériles. C'est clair, ils y passent leur vie et ils n'en sont pas revenus d'avoir une investiture symbolique qui n'est pas toujours légitime par ailleurs. Si vous avez d'un côté, un Lacan ou un autre, en position de psychanalyste de toute une communauté, (l'analyste de l'Ecole Freudienne c'était Lacan), si vous posez cela d'un côté, plus des groupies, de l'autre, pour bien faire prendre la mayonnaise, on crée un Glossary Link mythe, ce n'est pas très bon.

Dans mon expérience, les psychanalyses les mieux terminées, ont souvent été faites avec des « obscurs », comme disait le philosophe Pré- Socratique, quand la recherche d'une investiture symbolique et sociale est bannie.

Je dirai aussi que par ailleurs, il faut se détourner des gros bulldozers et préférer les petites structures, à condition que l'hétérologie fonctionne. En tout cas tout, mais pas la pensée unique si on peut. Ce n'est pas pour ça qu'on peut faire sans «l'establishement » bien sûr. Je vous l'ai dit, participer aux enseignements des écoles de psychanalyse c'est indispensable.

Après, le problème est différent. Si on rentre dans une école pour s'approprier les enseignements concernant l'histoire de la discipline, ou la culture de la discipline, comment passer à une position singulière, d'inventer, d'invention de l'acte psychanalytique, si on se décide à occuper la positon de psychanalyste. Alors, c'est vrai que le contrôle peut aider à passer de la compilation des textes à une lecture inventive, peu à peu et stimulante, tout ça fonctionnant souvent de façon très simultanée. Ca dépend de la conception qu'un contrôleur a de la psychanalyse. Si le contrôleur se permet d'intervenir dans la cure que vous conduisez ou dans la manière dont vous vous y prenez, en rectifiant, en indiquant la bonne manière de travailler, c'est vrai que ça vous laisse peu de marge pour élaborer votre théorie de l'acte analytique.

Par ailleurs, se cultiver dans la macro-culture, je pense aussi que c'est une autre donnée tout à fait essentielle. Je fais référence aux groupes de confrontation aux contextes d'énoncés culturels, dont je vous ai parlé tout à l'heure. Si on n'a pas une curiosité pour les choses de ce monde, je crois que l'analyse n'est pas vraiment une question qui peut nous retenir. Il est indispensable de se cultiver, notamment dans des disciplines comme l'anthropologie, les sciences sociales et avoir un point de vue topologique. Topologique, ça veut dire savoir finalement dans quel champ les concepts sont nés, se sont développés pour ne pas faire trop de sauces. Là-dessus, vous vous souvenez, à propos de l'intransmissibilité, j'avais fait toute une envolée contre certains intellectuels à l'aide de Jacques Bouveresse.

 

LA PRATIQUE DE LA TRANSMISSION.

La pratique de la transmission au fond, c'est quelque chose qui s'élabore dans le collectif et il me semble que concernant les groupes cliniques, il serait intéressant de tester qu'ils puissent fonctionner sur le mode du groupe Balint. En tout cas, pas sur le mode de la présentation de cas, encore une fois, légitime dans le cadre de la médecine, mais qui ne se conçoit en psychanalyse que si on adosse la psychanalyse à la médecine. Ce n'était pas jusqu'au jour d'aujourd'hui, ce qu'on voulait faire de la psychanalyse, mais peut être que pour certains c'est cela qui est en question. Affaire de respectabilité, de caution sociale ? A condition de ne pas être très regardant sur la spécificité de l'acte médical et sur la spécificité de l'acte analytique !

Se lancer dans des démarches de séminaires, trop jeune, je pense que ça cultive trop l'ego et les égaux, à un moment où on n'en est pas là et c'est dommage parce que ça fait marcher à marche forcée et généralement ça stérilise complètement, plutôt que de prendre le temps d'épouser les questions, d'en faire le tour, d'évoluer, de penser un petit peu, d'en faire réflexion, de les éprouver, de se confronter aux autres etc...

C'est plutôt une opération de soustraction de penser un peu ; au lieu d'en rajouter, plutôt, soustraire.

Et puis, je crois, qu'une question très importante, je ne sais pas comment vous pourrez la gérer, vous, c'est le respect des générations. Je pense que le respect des générations n'a pas été pris au sérieux ni par les aînés, ni par les autres.

Il va de soi qu'on ne peut pas vivre de la psychanalyse. Vivre humainement dans sa vie, dans sa peau, parce qu'il faut être d'abord vivant et humain, avant d'en attester dans le job de l'analyse. Si on veut tellement être psychanalyste, c'est qu'on ne peut le faire qu'à être militant ou à faire du nombre qui sont des formes de résistances imparables, des points de fixations sur lesquels on s'arqueboute.

Il va de soi aussi qu'un psychanalyste qui n'élabore plus ou pas est psychiquement mort. Où est la transmission dans ce cas de figure ? Faire des clones ou des élèves ne permet pas de tenir une positon d'analyste.

On ne peut pas tenir une position d'analyste par procuration. Ce n'est d'ailleurs pas propre à l'analyse, c'est le fait de tous les champs cliniques.

J'ai conscience avec tout ce ramassis, de vous parler d'une autre psychanalyse qui n'a pas forcément grand chose de commun avec celle des associations traditionnelles. Ce que je crois par exemple, c'est que la "disputatio"est tout à fait fondamentale entre collègues quand elle porte sur la méthode. Mais elle est tout à fait répugnante quand elle repose sur le degré de vérité des énoncés que vous formulez. C'est une question qui a fait beaucoup de mal à la psychanalyse. Vous voyez, quelle dé-supposition me semble t-il, il faut faire quand on veut devenir analyste, déjà quand on veut faire une psychanalyse... !

L'idée que la psychanalyse n'est pas une posture sociale, c'est quand même très important. C'est vrai que quand on dit de quelqu'un qui a une pratique psychanalytique, qu'il est psychologue ou médecin, ça indique qu'il a marné suffisamment, qu'il s'est fait une information sur les questions soit de la réalité psychique, en tout cas sur les théories de la réalité individuelle, pour les psychologues et sur la souffrance humaine ou la douleur humaine pour les médecins. Ce sont des gens qui ont marné sur ces questions là, pour en attester dans une psychanalyse.

Il est évident, qu'il ne faut pas rester seul quand on occupe cette place de psychanalyste ; il y a beaucoup de gens qui le font, mais ce n'est pas bien.

Quant aux investitures symboliques que des gens vont chercher à Paris, vous savez ce que j'en pense et je pense qu'ils ne se font pas non plus beaucoup d'illusions là-dessus.

L'évaluation à mon avis, elle peut très bien se faire quand par exemple, vous rendez compte de votre travail devant un collectif : ça tient ou ça ne tient pas ; il n'y a pas besoin d'un jugement d'autres gens pour que vous puissiez vous rendre compte que ça tient ou ça ne tient pas. Simplement, le simple fait qu'il n'y ait pas de sanction sociale ou de nomination, de dire oui ça passe ou non ça ne passe pas, c'est évidemment plutôt très exigent. Quand on est juge de l'évaluation de son propre travail, c'est vrai que c'est compliqué.

 

QUEL AVENIR ?

Vous m'avez assez entendu dire que la situation de la psychanalyse n'est pas bonne, parce que la transmission un par un dans la cure, c'est évidemment mieux que rien. Ce qui s'active de votre position dans la vie des gens qui viennent dans leur position désirante, c'est mieux que rien, mais une discipline ne peut pas tenir si elle n'est pas élaborée collectivement, un par un. C'est un travail qui se fait peu.

Par contre, je pense qu'actuellement il y a des signes, qui sont plutôt des signes qui peuvent être, éventuellement encourageants. Si on ne peut pas aller contre «l'establishement », je crois que, quand même globalement, on assiste depuis quelques années à une mort des chefs. Globalement plus personne n'est créditée de pouvoir se faire suivre d'un troupeau. C'est déjà quelque chose. Ce n'est pas que ce soit plus facile, c'est que cela devient enfin une question sérieuse d'avoir à marcher seul.

D'autre part, il me semble qu'il y a une distance prise par la nouvelle génération qui arrive aux affaires de la psychanalyse, vis à vis des questions idéologiques, qui fait, je trouve, qu'on sait bien maintenant que la psychanalyse ne va pas sauver le monde. On en est revenu que cela pouvait faire office de religion, qu'on pouvait là trouver un débouché d'engagement politique quand on s'est cassé la gueule ailleurs. Le roi est nu mais au moins il est nu, donc là aussi, je trouve que c'est plutôt une chance pour peut-être reconstituer un mouvement analytique.

Ca peut même être un défi intéressant, la mise en place d'un cadre de travail pour les gens qui pratiquent l'analyse, mais encore une fois, ceci à un prix. Je vous ai dit qu'il y avait un gros travail topologique à effectuer pour chacun, et c'est probablement ce qui fait le plus défaut à l'heure actuelle. Je pense que l'enseignement aussi y a une grosse part de responsabilités. A ce propos, il est vrai que l'enseignement aux humanités avait du bon, cela apprenait aux gens quand même à situer des idées par rapport à d'autres idées et c'est quand même essentiel. A l'heure actuelle, je ne sais pas avec quel héritage, on peut se balader dans le champ culturel pour manier des idées, des concepts ; c'est quand même tout un apprentissage, c'est un sacré travail.

Et puis, c'est vrai aussi qu'actuellement, et ça c'est plutôt négatif, il y a eu un rapt de la psychanalyse par l'enseignement, mais il est vrai aussi... qu'il n'y a plus de combat idéologique comme dans les années 60, il n'y a plus une guerre d'Algérie par exemple, pour se faire une idée d'appartenance. Il y a éventuellement des 1er mai, pour les jeunes, qui ne sont pas forcément de mauvaises augures. Est-ce qu'on peut parcourir maintenant le champ de l'analyse sans y coller de façon militante, c'est peut être finalement un espoir qu'on peut avoir.

Peut être le problème actuel le plus fort, le plus saillant, c'est le syndrome du " clignotant" pas seulement au sens de celui qui cligne de l'œil, mais au sens d'une psychanalyse 'kleenex', qu'on consomme. Envahis que nous sommes par la pensée technique, c'est vrai que la psychanalyse est en train de passer de mode : tant mieux, tant mieux ; c'est là qu'on va voir si ça tient ou pas. Finalement s'engager dans l'analyse va aller de moins en moins de soi, surtout si les psychanalystes tiennent un peu quelque chose, ce qui peut permettre aux analysants de s'orienter autrement. C'est donc maintenant que cela redevient intéressant de s'engager dans l'analyse. Il y a quelques mordus de temps en temps qui en veulent, qui sont vraiment des êtres singuliers et c'est vrai que c'est quelque chose qui n'est pas inutile. D'abord ça rend quelques services et éventuellement c'est plutôt intéressant.

La psychanalyse a réduit ses prétentions quant aux indications, c'est à dire que maintenant on sait qu'il vaut mieux aller un peu bien avant de commencer une psychanalyse, sinon on est tellement pris d'aller mieux, qu'on perd la question d'aller autrement. On est dans la survie et pas dans une question de vie. Trouver sa parole et sa pensée, ce n'est pas pareil que d'être complètement dans des positions, dans des questions d'utilité, de nécessité.

Et puis, je trouve qu'il y a un autre signe encourageant à l'heure actuelle. Je ne sens pas la même hâte des gens de la génération qui suit, la même hâte actuellement à n'avoir pas le temps. Ceci dit, le divorce sur la question du père, comme n'étant pas à mon sens, du registre de la psychanalyse, reste totale. C'est d'ailleurs une sacrée question. Pourquoi la question de la transmission est-elle restée dans notre ère culturelle, confinée au registre familial ? C'est une question qui mériterait d'être travaillée un peu. Certains ici en ont quelque idée.

Je termine là-dessus. Il me semble que pour faire un psychanalyste, il vaut mieux qu'il y ait la rencontre d'une étoffe et d'un terreau.

Une étoffe, c'est quand même avoir un certain nombre de valeurs, c'est au moins être en recherche, ne pas se permettre de s'y prendre n'importe comment, ne pas faire ça à l'économie par exemple, ne pas vivre à l'économie, c'est aussi en rabattre sur ses prétentions, moïques, ne pas mélanger les problèmes des affaires, du pouvoir et du travail. C'est tout ça.

Le terreau, c'est quand même une culture qui s'est un peu ouverte sur le non relationnel, c'est à dire sur le monde. Je n'irai pas jusqu'à dire que le terreau de notre région se prête à l'analyse, je ne le crois pas ; mais ça, ça tient à des questions de traditions et d'institutions, de féodalisation. C'est une région rurale et commerçante qui a formé beaucoup de profs ; on a ici un appétit pour le savoir, merveilleux, mais la question de la transmission n'est pas celle là. A cela s'ajoute un réel problème quant aux institutions.

Vous avez, par exemple, des gens qui enfilent des perles toute leur vie dans l'analyse, qui n'en finissent jamais, pour qui l'analyse infinie comme la vie, devient un conte. Ce n'est pas l'idée que je me fais de l'analyse que fleurissent des gens qui ont une conception de conteurs de la psychanalyse !

Si vous aspirez au repos, ne vous aventurez surtout pas dans l'aventure psychanalytique. On aspire tous au repos, il faut le dire, mais il y a une petite voix qui nous dit quand même que le jour où on consentira au repos, cela sera pour de bon. On s'y presse mais lentement.

Une autre question évidemment qui m'est venue, c'est : pourquoi s'intéresser tellement aux personnes dans le cadre du travail, de son travail ? Ces gens qui sont affables quand ils reçoivent, quand ils accueillent de nouveaux patients ou de nouveaux clients et qui sont si peu prodigues en dehors de leur travail. Je me suis demandé si ce n'était pas une manière de cultiver la nostalgie de l'harmonie face à l'épreuve du social parce que dans l'épreuve du social, tout déconne alors qu' évidemment dans l'écoute, on peut avoir l'idée qu' on est au-dessus de tout ça. Il y a quand même des gens qui sont bien dans une espèce d'harmonie retrouvée ; moins on en dit et moins on dit de conneries.

Le réel, comme maintenant toujours, ça expliquerait pourquoi on est toujours intéressé par le renouveau perpétuellement rejoué de la souffrance des gens qui viennent, comme si c'était toujours nouveau, ce réel parce que c'est un réel qui est toujours comme maintenant. Je ne reprends pas tout le travail fait la fois dernière sur la question du ''maintenant'' qui me paraît une question très importante, quand on parle de réel.

On ne peut pas demander à la société d'être une société pour le "penser", mais on peut tout de même, en ce qui nous concerne, je trouve, prendre en compte que la position du psychanalyste n'est pas sans avoir rapport avec le fait de vectoriser le "penser" dans une société, pour ce qui nous est donné, au cas par cas.

La position du psychanalyste est incompatible avec une position de pouvoir ou de réussite sociale ou une réussite financière. ( Il n'y a pas que l'analyse) ; ceux qui sont des hommes d'affaires, ne devraient pas faire de la médecine ; c'est bien pour ça que la médecine a des problèmes aussi : il y a des gens qui se sont gourés. Pour faire des affaires, il faut faire des affaires. Il ne faut pas être dans des jobs où on gagne sa vie besogneusement, un par un. C'est médiocre, on s'est trompé tout simplement.

C'est vrai que la génération de 60 avait vu pas mal de gens, peut être avec le recul, qui avaient trouvé refuge dans l'analyse ; il y avait beaucoup de repentis du religieux, il y avait beaucoup de réguliers dans la psychanalyse de 1960, il y avait beaucoup de recyclés de la politique, ou qui pensaient qu'il y avait là de nouveau un dégagement pour l'action politique et il y avait également quelques affairistes ; mais enfin, quand même, le fait de tenir le choc avec un patient, séance après séance, pendant des années, n'est ce pas ue ascèse ?

Si j'ai voulu vous parler de ça, avant les vacances, c'est qu'il me semble qu'un outil comme ALTERS, ce n'est pas un prêt à porter. Je trouve pourtant, pour des gens qui sont en train de s'engager dans le travail de l'analyse, que c'est quand même une opportunité. C'est une opportunité parce que pour l'instant, il y a un certain nombre de choses qui ont été travaillées du point de vue de l'argumentaire, des concepts, de ces choses là et en plus, il n'y a pas un gourou qui est là pour dire, voilà ce qu'on va faire ! C'est à faire ou à ne pas faire. C'est à dire : ou il y a des gens qui vont décider maintenant de s'engager dans une association comme celle-ci, non pas pour nommer des gens comme analystes mais pour travailler dans le champ de l'analyse, ce qui est autre chose, et pas forcément que dans le champ de l'analyse, car on a vu qu'ALTERS est à cheval sur la réalité psychique et la réalité sociale. Alters, à mon avis c'est une opportunité, mais qui peut très bien en rester là, s'il n'y a personne pour s'y engager, pour y inscrire son travail ou pour s'y retrouver pour travailler des questions.

Par exemple, l'autre fois, nous étions réunis autour de la question de la parentalité. C'est évident que la question : « où va la famille, comment ça fonctionne actuellement ? » peut intéresser les gens et faire l'objet d'un groupe de travail dans ALTERS.

Et puis, je crois aussi que cela vaut le coup que chacun fasse le point de là où il en est, concernant le type d'institution qui 'l'intéresse'. Est-ce qu'il relève en son âme et conscience, là où il en est, plutôt des groupes de compilation pour s'approprier la culture de l'analyse ou d'autres champs ? Est-il assez confirmé ou averti pour se lancer dans des groupes de lectures, pour sérier un problème et essayer de remanier la théorie sur un point de doctrine comme par exemple : la théorie des pulsions, qu'est ce que penser ? Qu'est ce que le désir ? ou bien éventuellement : est-ce qu'il y a des gens qui seraient prêts à venir témoigner de leurs énonciations voire de leur modélisation dans une structure, dans un protocole comme l'Académie Baroque ? Ce sont des groupes qui n'ont pas besoin de donner lieux à des nominations, pour des gens qui ont besoin d'avoir des investitures, bien sûr... Mais ce n'est pas incompatible avec d'autres boutiques. Il y a de la place pour tout le monde, en tout cas dans la démarche, dans une structure comme ALTERS ; je ne vois pas comment il n'y aurait pas de place ; du moins en théorie, parce qu'en pratique, il est certain qu'on ne peut pas tenir très longtemps des discours complètement bétonnés. A un moment ou un autre, il faut bien laisser parler un peu ses questions.

Je m'arrête là et je vous remercie. S'il arrive qu'on se retrouve une fois en septembre, le quatrième mardi de septembre, ce sera pour essayer d'introduire la question des mutations sociales et des refondations de la psychanalyse que ça me paraît impliquer. Mais, ce sera pour ouvrir des questions, car il est certain que ce ne sont pas des questions qu'on va traiter comme ça. Je trouve que les mutations sociales sont assez fortes depuis quelques temps pour qu'on soit tous, peu ou prou paumés. C'est une époque de ce point de vue là intéressante, parce qu'on peut y aller, se donner libre cours. On a autre chose à faire qu'à honorer des morts.
______________________________________________________________________________________________

Une psychanalyse nous désapprend-elle?
Marc Thiberge

Journée d'étude du IVème Groupe - Toulouse, le 5 avril 2008

Ce texte s'adresse à toute personne intéressée de près ou de loin par le positionnement des questions abordées qu'internet est susceptible de joindre et qui se trouvent souvent engagées dans des pratiques sociales d'aide, de soin, d'éducation ou d'enseignement dont la praxis est vectorisée par le désir singulier de la personne, que celle-ci reçoive ou soit accueillie, du moment que sa pratique est résolument laïque, loin de toute référence idéologique ou de croyance et qu'elle rompt avec toute victimologie ou militance du droit à la santé et au bien être.
C'est simplement une propriété de la vie que d'être éprouvante et de connaître le malaise, la déviance, la maladie et la finitude.

 

EXPOSE


Je voudrais, en commençant, souligner l'actualité de la question de la transmission dans ce qu'elle a de singulier, en psychanalyse et ailleurs: non pas subjectivité, non pas particularité dans son rapport au général, mais singularité dans son rapport à un ou des universels. Singularité de lien social à l'opposé d'un repli sur soi, individuel ou familial, garantie d'un pur penser comme obstacle à une emprise mortifère de la pensée technique.

Ce que j'ai à dire aujourd'hui, et je remercie le IVème groupe de son invitation, est l'aboutissement d'une démarche. La lecture que j'en fais engage ma subjectivité de psychanalyste et exprime seulement là où j'en suis aujourd'hui et qui pourrait être tout autre demain.

En effet, le vacillement perpétuel de compréhension à la lecture des textes inauguraux freudiens qui tiennent, à défaut de concepts, de la constitution d'un savoir, et d'un corpus scientifique proprement dit, oblige à penser dans une activation permanente. C'est encore aujourd'hui à partir d'eux que se transmet la psychanalyse. Spécificité radicale de cette transmission qui va au-delà de l'initiation à l'élaboration imposée au psychanalyste et qui fait de toute psychanalyse, une psychanalyse didactique, puisqu'un des déterminants de la fin de la cure est pour celui qui s'y engage, d'intuiter dans le déroulement de sa psychanalyse, les modes de fonctionnement et d'organisation de son propre appareil psychique.
Psychanalyse originelle pour chacun, toujours reconduite, semblable à la première, celle de Freud avec Fliess. Le désir de s'adresser en psychanalyse, est en cela radicalement différent de ce qui fait consulter en psychothérapie, quelle qu'elle soit où il s'agit toujours d'une aspiration à la réparation ou au soulagement d'un disfonctionnement existentiel. Reste que, contrairement à ce qui était professé par une frange des lacaniens, la fin de toute psychanalyse ne se signe pas du passage obligé du divan au fauteuil de psychanalyste. Freud d'ailleurs disait qu'une analyse réussie, c'est à dire qui aurait été menée à bonne fin, débouchait, comme pour le Petit Hans, sur un oubli. Manière nouvelle d'amnésie infantile radicale de ce qui s'est tramé dans la cure.

Évoquer la singularité d'une transmission invite, me semble-t-il , concernant la psychanalyse, à prendre en compte les transformations qui se sont développées à partir du tronc commun de l'Invention Freudienne.
Par exemple: il est patent que M. Klein n'a cessé d'élaborer et de produire tant des observations cliniques que des concepts théoriques que, pour des raisons multiples, Freud ne pouvait investiguer.
Il n'existe pourtant pas de psychanalyse kleinienne; elle n'est pas dissidente et elle a contribué à l'avancement du mouvement psychanalytique. On peut même risquer qu'elle a permis le passage du freudisme à l'analyse freudienne. Passage explicite avec J. Lacan à une psychanalyse enfin autonome de l'imprimatur de son fondateur, avec l'invention du sujet et de la fonction symbolique. Ceci dit, M. Klein n'est pas une fondatrice à l'instar d'Adler, de Jung ou de Reich. Elle a la volonté d'être dans la légitimité et la continuation de la cause freudienne. Ses avancées ne se substituent pas aux fondamentaux freudiens.


Pour ma part, fidèle à la coupure épistémologique inaugurée par Freud, avec la promotion de l'hypothèse de l'inconscient, je considère à mon tour le désir et la dualité des pulsions comme fondement actuel de la psychanalyse : autrement dit, je m'inscris dans une perspective freudienne.
La méthodologie qui est la mienne pour répondre à cette injonction d'invention de la psychanalyse, est celle d'un part pris structural. Cette lecture structurale, me semble-t-il, permet de mettre en perspective trois disciplines des sciences humaines et sociales qui ont une méthode d'élaboration commune: la linguistique, l'anthropologie et la psychanalyse, auxquelles on peut ajouter la biologie dans ce qu'elle peut avoir de structural.


En d'autres termes, il me semble que la psychanalyse est à la fois une et indivisible et n'existe que par les remaniements des psychanalystes qui la pensent un par un. En l'absence d'une théorie de la psychanalyse transmissible, la lecture ne peut être que singulière dès lors qu'une pratique nécessite une praxis.


Lecture méthodologiquement interprétative, voire partisane qui n'engage que soi et ne peut constituer un savoir estampillé et académique concernant l'œuvre de Freud, M. Klein, de Lacan ou d'autres. Œuvres où s'exprime la singularité psychique de chacun.
Ainsi, si on peut dire que Freud, le fondateur, a inventé la psychanalyse à partir du discours de l''hystérie, et accessoirement de sa propre analyse originelle avec Fliess, ce qui revient sans doute au même, si M. Klein opère le premier remaniement hérétique à partir de la clinique de l'enfant infans, c'est à dire de la position dépressive, et accessoirement de sa propre analyse "transgressante", par rapport au modèle de l'analyse originelle avec Ferenzi et Abraham...ce qui revient sans doute au même, J. Lacan qui est psychiatre arrive à la psychanalyse par la voie des psychoses et spécialement de la paranoïa et du concept de personnalité, accessoirement de sa propre analyse avec Lowenstein, ce qui revient sans doute au même.


J. Lacan d'ailleurs, a insisté toute sa vie sur sa volonté d'avoir dans ses séminaires la place du psychanalysant, c'est à dire celle de celui qui pense et perlabore la psychanalyse, à la manière d'Héraclite d'Éphèse dont les incantations obscures bouleversaient les idées reçues. Sa parole fomente quelque chose qui fait émerger des effets de vérité fulgurants sur ce qui se trame pour l'appareil psychique. Comme si le séminaire lui tenait lieu d'une psychanalyse didactique qui n'en finissait pas de ne pas finir. Si tel était le cas, il aurait reproduit sciemment et expérimentalement ce que Freud avait empiriquement et à son insu mis en place dans sa relation transférentielle à Fliess. Les tenants lieu de Fliess dans le séminaire de Lacan se trouvait être la masse anonyme de ses auditeurs, psychanalystes ou pas, élèves ou pas. Nous représentions l'écoute idiote dont il avait besoin pour remanier sans cesse. Le résultat est foisonnant et même inextricable. Plusieurs dizaines d'années après, pour moi comme pour d'autres, notre intuition qu'il se passait là quelque chose d'important pour la psychanalyse, c'est trouvé justifié dans un après coup lointain.
Ajoutons que pour celui qui entend comme un psychanalyste et non pas comme un élève, cette écoute consiste à suspendre radicalement la croyance en ce qui est dit (signification des énoncés) au profit de ce que "ça" dit ( le dit de son énonciation). Effet de transmission et non de compréhension et encore moins d'explicitation. L'impasse est alors une nécessité de cette perpétuelle quête..

La transmission pourrait être ça : tester sur l'écoute butée de son psychanalyste d'abord, de son auditoire ensuite si on prend parole, la consistance de ce qu'on énonce, la résistance de l'énonciation à la non réponse. Si l'énonciation se délite, quelque chose a failli du côté subjectif. Aussi, la transmission est-elle épuisante: elle mobilise le penser et le désir épistémique de penser et non pas celui épistémophilique de savoir. La transmission symbolique tient de l'obligation sans cause ni raison, sans objectif ni contenu, sans message ni volonté de transmettre ; manière d'impératif catégorique.

On a d'ailleurs là une indication de ce qui structure en contrepoint la relation psychothérapique, laquelle s'opère dans le registre préconscient/conscient, c'est à dire dans le registre du moi, registre imaginaire par excellence.
Dans cette relation, le psychothérapeute occupe la position du supposé savoir ; supposé savoir ce qui cause les souffrances existentielles de celui qui consulte et comment les "guérir". Cette supposition inconditionnelle d'un savoir au psychothérapeute par celui qui consulte met d'emblée le premier en position de certitude, c'est à dire de connaissance paranoïaque et de suggestion... "et voilà pourquoi votre fille est muette", aurait conclu l'homme de théâtre.
Cette position de suggestion ne manque pas pour autant d'efficacité autre que symbolique. Le psychothérapeute se présente alors comme un moi idéal non intrusif... et enviable. La relation qui s'instaure a pour objectif de pacifier les affres que le moi endure du fait de sa régression à un stade de son évolution plus ou moins archaïque. Le supposé savoir va agir, dans les avatars du narcissisme, les fantasmes de persécution des idéalisations mortifères. Le "traitement" devant permettre au système moïque de retrouver la position et l'efficience "imaginaire" qu'il avait avant la régression, déclenchée par les accidents de la vie. Rencontre où l'un, en supposé savoir pacifiant, propose son aide à l'autre pour qu'il se réconcilie avec lui-même dans un savoir partagé qui est peut-être l'infrastructure de toute relation d'aide ou de soin. On voit bien ici combien transmission et savoir sont antinomiques. Si le système moïque est bien ce qu'avance J. Lacan, et pour ma part j'y souscris, alors la vie n'est plus qu'une histoire pleine de bruits et de fureur racontée par des fous, positions de Shakespeare ou de Cervantès, ou bien par des gens "normaux", chacun à sa manière et selon la structure de son appareil psychique. En effet le moi n'est pas le pilote de la connaissance objective. L'incomplétude structurale du moi, de lui à lui-même dans l'identification spéculaire, est à ce point intolérable qu'il va mettre en œuvre tous les mécanismes de défense, essentiellement projectifs pour abolir cette souffrance: Ce que je projette qui m'est une souffrance intolérable, est cette incomplétude que je ne veux pas connaître. Meurtrière au premier abord, la relation à l'autre dénote une intension suicidaire de bouc émissaire.


Restent l'angoisse et la souffrance psychique tout de même, qui introduisent à la psychanalyse; psychanalyse où la question du normal et du pathologique disparaît au profit de la question : comment fonctionne mon propre appareil psychique ?


Ce qui implique que le psychanalyste ne guérit pas, (alors que le psychothérapeute guérit) ou qu'il n'est pas là pour ça, même si bien évidemment une psychanalyse n'est pas sans effet sur l'angoisse et la souffrance psychique.
La formule de Lacan "la guérison vient de surcroît" me paraît donc assez juste.
D'où le débat actuel sur la législation qui doit réglementer la psychothérapie. Est-ce qu'un psychanalyste est psychothérapeute ? Sûrement pas. mais à l'occasion, il peut faire le psychothérapeute... encore que dès lors que l'on différencie une réalité psychique et une réalité sociale comme ne relevant pas des mêmes règles de fonctionnement, la classification entre normal et pathologique est une exigence sociale, non un référent psychique.
En particulier, ce qui pourrait être une "marque déposée" de la psychanalyse est que celle-ci ne peut être une pratique adaptative. La culture et la société, parce qu'elles sont structurées l'une par un ordre symbolique, l'autre par un système de règles, (le légal) ont pour fonction de dire quel individu est acceptable pour elles et quel autre non. Si elles s'intéressent à la souffrance et à l'angoisse, c'est simplement parce qu'elles considèrent que ces affections psychiques empêchent l'adaptation. La réalité psychique de l'humain, la réalité sociale n'en n'a cure; elle se méfierait même de ce trublion.
Cette réalité psychique, c'est à quoi le psychanalyste se voue et serait-il bien raisonnable d'avancer que l'on va guérir le rapport de chacun au monde ? Freud était là-dessus réaliste quand il donnait à l'analyse l'objectif de permettre de devenir ce que l'on est... qui passe la plupart du temps, par une modification de la "structure" de l'appareil psychique.
Ceci nécessite que l'on ait recours à d'autres concepts qui permettent de sortir de la logique aliénante d'une causalité psychique fomentée par le moi.
Il n'est plus possible de prétendre s'appuyer sur son moi pour conduire sa vie dans le monde, car ce qui se joue alors est le drame de cette dialectique persécutante du moi et de son idéal projeté sur l'autre.
En particulier, cette conception moïque a une conséquence dramatique qui explicite ce qui taraudait Freud dans le fourvoiement de la pulsion de mort. Freud a sans nul doute raison quand il affirme qu'un propension à l'autodestruction est inscrite dans l'appareil psychique des êtes humains. Aspiration irrépressible qui découle de la confrontation originelle agressive entre un moi archaïque et son idéal, confrontation qui s'exaspère et qui peut déboucher sur un épisode mélancolique : "perte concernant son moi comme objet" écrivait Freud (Deuil et Mélancolie Ed. Folio Essais p.152). Spécificité humaine structurale due à l'échec du narcissisme à réconcilier ce moi et son double idéal dans l'épreuve du miroir.
Raison de plus de ne pas titiller la tyrannie de l'idéal du moi. Car passer du culte du surmoi, du devoir et de la morale bourgeoise à celui de l'idéal du moi et du héros à la portée de tous, comme un courant de développement personnel aujourd'hui en vogue le propose, me paraît nocif, sauf en période de guerre, où il faut bien motiver la jeunesse au meurtre comme au suicide héroïque.
La rencontre entre la souffrance blanche et la dépréciation du moi n'est pas réservée aux seuls mélancoliques. Elle gît endormie dans l'appareil psychique de tout un chacun et peut, à tout moment, se réactiver. Puisqu'il s'agit d'une phase de la mise en place de l'appareil psychique, personne n'en est exonéré.
C'est pourquoi, dans toute analyse, quand les superstructures d'agencement de significations et de causalités imaginaires ont cédé, (il n'y a pas de causalité psychique) apparaît cette angoisse originaire qui dévoile ce noyau mélancolique. A ne pas y accéder, on ne peut alors atteindre à la fin de l'analyse qui signe une position sans recours: passage qui permet de quitter les relations objectales et causales pour l'élaboration d'un lien social vectorisé par une jouissance tensionnelle désirante constante et sans objet. (Dichotomie entre pulsion d'agressivité qui instaure le sujet et pulsion libidinale qui produit le moi.)

Reste une autre possibilité, où la dépréciation du moi s'apaise face à l'émergence du sujet et de la fonction symbolique psychique qui entrent en dialectique avec la fonction moïque et transforme l'imaginaire persécutif et destructif en cette "autre scène", où se joue sur un mode distancié, les affres résurgentes des pulsions partielles primitives et morcelantes.
Fort heureusement dans le même temps de l'avènement du symbolique se fomente l'imaginaire dont la trame se noue dans la maîtrise de la Glossary Link langue parlée. Cette Glossary Link bifurcation, cette Glossary Link désintrication symbolique et imaginaire établit les bases de l'appareil psychique où l'imaginaire parolique se vit d'abord comme une consolation jubilatoire de cette perte irrémédiable vécue comme manque, d'un rapport naturel au monde, et ouvre aux délices illusoires du discours actionné par la pulsion épistémophilique ainsi qu'aux joies ambivalentes de la relation et de la communication interindividuelle. Mais l'entaille symbolique est irrémédiable et le discours conscient imaginaire jamais ne pourra la suturer par quelque système de significations que ce soit, vectorisé ou non par quelque sens que ce soit.
Bien sûr, c'est autour de cette bifurcation ou de cette désintrication en souffrance que se pose l'acte psychanalytique exclusivement.

Sans doute, le désir du psychanalyste concerne l'addiction à faire advenir le "manque" non plus comme souffrance psychique insupportable, mais comme origine du symbolique et de l'humanisation.
Si cette prégnance symbolique ne s'inscrit pas dans une véritable autonomie, alors il n'y aura aucune barrière au déferlement de l'imaginaire paranoïde. Aussi le désir du psychanalyste n'est pas sans rapport avec le fait de faire advenir un sujet débarrassé du sens : Mettre hors sens pour pouvoir exister.
Nous en sommes loin, comme si les psychanalystes actuels avaient perdu le courage des médecins "athées" du XIXème siècle qui affirmaient leur matérialisme en abandonnant toute croyance en l'exception humaine dans l'univers.
Affirmer que la fin d'une psychanalyse consiste à savoir reconnaître ses comportements névrotiques de telle sorte de pouvoir "faire avec" dans la conduite existentielle de la vie quotidienne, c'est faire comme si on n'a jamais entendu parler de "lien social débarrassé de tout effet de groupe" et du "sans recours" qui signe l'humaine position quand le sujet, ayant traversé l'invidia et l'horreur paranoïde de séparation, accède à l'épreuve d'avènement du symbolique. La psychanalyse en dernier analyse, ne serait-elle pas le dernier rempart contre cette maladie qu'est la quête du sens ?

Avancer cette hypothèse qu'in fine il n'y a pas de causalité psychique, conduit à penser qu'une psychanalyse nous désapprend en nous déprenant de nos mythologies moïques.
Ce parti pris, cette prise de position dont je viens de dire quelques mots, a quelques incidences sur la question de la singularité d'une transmission.

Trois termes me paraissent ici être à articuler à partir de l'argument proposé pour cette journée concernant la singularité d'une transmission :

1) la transmission dans une cure
2) la position du psychanalyste
3) la transmission au regard de la psychanalyse comme discipline.

 

1) Du côté de l'analysant dans la cure, les identifications, répétitions, mythes et légendes, laissent peu de place au penser, comme effet de la tension désirante, et beaucoup au savoir qui fait masque à travers l' Glossary Link intrication en début d'analyse.
Par contre, la tension désirante soutient le processus désirant dès lors que le processus de désintrication est avéré. Il est donc important de soutenir le désir, même embryonnaire en début d'analyse où la parole est rare. Le transfert y aide dans un premier temps et y fait obstacle s'il continue à cohabiter avec le processus désirant ensuite. Le lien social et le transfert sont largement antinomiques, mais il y a plusieurs transferts qui sont des moments à détricoter pour permettre au processus de penser singulier de s'exprimer: d'un côté, surtout en début d'analyse, un transfert qui concerne la satisfaction comme revendication d'un objet manquant, et d'autre part, surtout ensuite, le transfert de la psychanalyse, sans objet, transfert de la pulsion originaire dont la spécificité est de fonctionner sur le mode de l'insatisfaction, avec pour conséquence:
Premièrement, que le psychanalyste n'est pas en position d'objet-cause, ni de supposé- savoir, ni de déchet,
et, deuxièmement, que la psychanalyse, ce n'est pas du côté des relations d'objets. S'il n'y a pas de perspective de satisfaction d'objet dans une psychanalyse, il n'y a pas non plus de régression, même par frustration, mais par contre des moments souvent délirants, persécutifs ou érotomaniaques où l'analysant croit qu'il est dans un transfert de relation d'objet et où l'analyste soutient que l'analysant se trouve dans un rapport de transfert de la pulsion originaire et que cette insatisfaction originaire est coexistante au désir si elle n'en n'est le moteur. (cf. Psychanalyse et pratiques sociales tome 1 p 188 et suivantes)

Comme expression du désir inconscient, la transmission concerne l'expression de la réalité psychique. Elle n'est pas spécifique de la psychanalyse, mais celle-ci par son dispositif, en radicalise les effets, elle les isole.
Ce faisant, cette transmission est sans retour. Ce n'est plus pareil après : arrêt de la répétition grâce à la réminiscence qui libère la singularité parolique, expression de l'aléatoire inconscient. Si ce qui se transmet nous échappe, la transmission ne concerne ni un objet ni un contenu. Hors transfert, sans adresse, elle est hors identification. L'émergence par la parole d'une réalité psychique dé -identifie, sépare, puise chez l'autre radical les sources qui activent son penser. La transmission s'inscrit dans la parole comme vecteur du désir indestructible qu'évoque Freud au chapitre VII de la Science des Rêves. Férocité du désir comme indestructible dans ses rapports au processus et aux ratées de la subjectivation.
En fin d'analyse, l'obligation pourrait être de lien social. L'écoute butée du psychanalyste renvoie alors à l'envoyeur les rationalisations imaginaires sensées les rendre compréhensibles à l'autre, au delà de la demande d'acquiescement qu'une compréhension complice permettrait. Une présence humaine et non pas un comportement d'homme.
L'homme se suffit de la relation, l'humain s'actualise dans le lien social.
Cette position de transmission dont la psychanalyse atteste de façon exemplaire ne se réduit pas au champ de la psychanalyse, et concerne par exemple la position que les parents ont tout avantage à prendre vis à vis des enfants dans la première enfance ( nourrisson et infans), époque où, puisqu'il n'y a pour eux ni intérieur ni extérieur, et qu'ils sont sujets à des terreurs paranoïdes intenses, ils ont besoin d'adultes tutélaires en position de lien social et non pas de débordements de manifestations d'affectivité sentimentale, aux effets persécutants.
A la fin de la cure, on sait qu'il s'est passé un cataclysme mais on ne sait pas pourquoi ni comment on est devenu cet autre qui est là depuis toujours.

 

2) Dans la cure, la position du psychanalyste est de neutralité qui se radicalise de l'indifférence absolue. Empathie et sympathie participent de l'imaginaire et se déploient dans la passion de l'ignorance, là où la position d'écoute butée, de lien social, s'oblige: seule elle permet de faire émerger la répétition dans toute sa pureté. A partir de quoi l'accès à la réminiscence peut s'envisager.
L'attention flottante met en place un état modifié de conscience qui se désintéresse réellement de l'intelligibilité des énoncés au profit du repérage de ses épaves que sont devenus les signifiants chosifiés en symboles et que les discours ont détournés pour les inclure dans une causalité déplacée.
La règle fondamentale, cette règle d'or, qui répond à l'attention flottante du psychanalyste, renoue avec les mécanismes du rêve et du lapsus qui obéissent à la logique de l'inconscient. Cette règle fondamentale se constitue surtout comme possibilité de dé-symbolisation nécessaire à ce que le signifiant soit mené à bonne fin, dans le champ synchronique du toujours présent maintenant.
La mise en place de ce processus tient essentiellement à la scansion du temps logique dans chacune de ses trois étapes qui vont de la mise en place de la répétition à l'émergence d'un signifiant qui délivrera le sujet de la répétition, dans le maniement du temps de la séance, selon qu'on est dans un instant de voir, un temps pour comprendre ou un moment de conclure. Maniement du temps qui s'oppose à la vente d'un temps imparti pour la plus grande satisfaction client.
Le miracle est que ces transformations par rapport à la position de Freud, ne changent en rien le protocole qu'il a édicté, alors que ces transformations déterminent une position radicalement différente du psychanalyste dans la cure. Renoncer au concept d'énergie psychique constitue un véritable changement de paradigme.
Personnellement, je réfère la position du psychanalyste à celle d'un corps absent et d'un organisme présent, c'est à dire sans relation. Rien ne prouve par ailleurs que l'efficacité d'une interprétation aboutisse réellement à rétablir la continuité entre symbolique et imaginaire.
Deux choses semblent aujourd'hui acquises :
- un antagonisme entre le plaisir homéostatique et la jouissance tensionnelle désirante
- cette jouissance telle qu'elle se manifeste dans le transfert est un obstacle majeur à l'interprétation.

 

3) Pour ce qui concerne la discipline psychanalytique, transmettre ce n'est pas régurgiter un savoir constitué en dogme.
Il y a dans l'acte de transmettre quelque chose qui a à voir avec le temps et la finitude. Travail de deuil dont on pourrait s'éviter la fatigue si on renonçait à transmettre. On cesse de se contenter "d'être dans son dire", pour énoncer "ce qu'il en est de ce dire". Manière d'en éprouver la consistance. Énonciation d'un dit qui déclenche un processus d'objectivation et confine à quelque chose d'irrémédiablement fini, passé, voire dépassé avec quoi on n'en n'a jamais terminé mais qui apparaît après coup comme tout à fait étranger.
Par ailleurs, transmettre, même de manière intransitive, c'est à dire sans finalité de transfert de savoir, c'est s'adresser de telle sorte que ce qui a été pensé n'en finisse pas d'être pensé. Le passage du penser subjectif au collectif par l'acte d'énonciation provoque la discontinuité et oblige à s'engager dans un moment de conclure où se met en forme quelque chose dont tout aussitôt, on se dépossède. Perte d'un objet inexistant.
Mais alors que pour les biens matériels, ceux à qui on les lègue en sont les récipiendaires quasi obligés, ce qui donne aux héritiers en général une place peu enviable, les destinataires des biens " incorporels intellectuels" ne sont en rien obligés d'en attendre quelque chose. Il leur suffit d'exister même virtuellement, à la manière des muses, pour que l'opération de transmission fonctionne.
Pour un psychanalyste, transmettre passe par la construction d'une consistance objective d'un objet théorique (une fiction) qui prend le relais et se substitue à la consistance virtuelle d'un acte précédemment assumé dans la conduite de la cure psychanalytique.
Ce qui change dans l'acte de transmission, c'est que cette consistance s'objective transitoirement. Là où ça pense dans la transmission, je ne suis pas ; là où je suis dans l'acte psychanalytique, ça ne pense pas.
"ça pense" dans l'énonciation implique l'élision subjective de celui qui s'y risque, ce qui est beaucoup moins confortable. Il y a donc là un travail de deuil dont on pourrait s'éviter la fatigue et le risque si on renonçait à transmettre ou si on se mettait dans la position d'enseigner.

Ce qui rend le travail de lecture singulière nécessaire en psychanalyse, c'est que, si la linguistique et l'anthropologie, discipline pourtant lus jeunes que la psychanalyse, ont su constituer des fondamentaux, le champ réel de la psychanalyse n'est toujours pas défini : substitue-t-elle à une philosophie de l'être, une théorie du sujet ? Est-elle une science du comportement ou une anthropologie générale ? L'élasticité des contours de son champ rend le travail de lecture singulière nécessaire en psychanalyse.
Contrairement à J. Lacan pour qui la psychanalyse était la science de sciences, je pense qu'il faudra bien qu'on se détermine à réduire son champ au fonctionnement ou disfonctionnement de la seule réalité psychique, ce qui implique quelques renoncements auxquels les théoriciens, parce qu'issus souvent de la médecine ou de disciplines "molles", ne me semblent pas prêts : en particulier renoncer à considérer que la parole singulière d'un sujet établit la continuité entre le registre de l'inconscient symbolique psychique et du conscient imaginaire. La langue commune est transformée par la batterie des signifiants présents dans la parole du sujet, laquelle parole dé -sexualise la langue et sépare le registre imaginaire du registre symbolique. Désintrication ou bifurcation à partir de cette vacuité dépressive comme enjeu d'une cure psychanalytique. Construction symbolique, passage d'un familial sexuel, où l'objet est cause du "désir-plaisir", à un lien social où le sujet invente par le truchement d'objets, le maintient d'un désir, de tension constante et sans objet.

Pour ce qu'il en est du devenir de la psychanalyse

Il y a urgence, malgré le travail harassant que cela demande, à retourner aux textes théoriques. Pour l'honnête homme de culture, la psychanalyse est une mythologie comme le pensait déjà Wittgenstein. En termes d'objectivation, la psychanalyse est donc en danger de disparition. Non pas comme pratique thérapeutique (dans son mode dégradé de psychothérapie, elle a de beaux jours devant elle), mais bien comme modèle d'explication rationnelle de la genèse et du fonctionnement de l'appareil psychique et des enjeux que cela implique. Il faut arrêter de dire que les critiques objectives et scientifiques qui lui sont adressées, ne sont que " résistance" à l'inconscient.
Bien évidemment, cette invention, cette idée folle disait J. Lacan, de l'inconscient est toujours dérangeante pour l'humanisme militant qui n'a cessé de faire des adeptes parmi les psychanalystes.

Mais il faut bien admettre qu'aujourd'hui, aucun modèle véritablement consistant ne peut être opposé à ses détracteurs.
Il y a certes un véritable corpus de connaissances psychanalytiques stratifiées et cumulées dans les élaborations antérieures mais on ne peut parler véritablement de théorie.


Comme si les chercheurs successifs confrontés à des contradictions, avaient été obligés d'inventer des concepts nouveaux considérés comme fondamentaux, pour les surpasser. Pseudo concepts qui s'apparentent à ce qui se passe dans la névrose, où une construction mythologique, en l'absence d'un traitement objectif d'une situation conflictuelle, débouche sur une conduite pseudo adaptative, erronée et répétitive. Dans les personnalités scientifiques, seuls les philosophes accordent parfois à la psychanalyse une validité théorique et s'échinent à tenter de la justifier. Ce qui n'est pas vraiment bon signe.


Il faut dire que les difficultés inhérentes à la perlaboration intrinsèque de la théorie psychanalytique sont entrées en résonance avec des crises concomitantes dans la réalité sociale qui sert de contexte situationnel. Une théorie, si elle s'oppose dans ses conclusions aux fondamentaux qui font la cohésion d'un corps social, ne peut émerger ni même s'articuler.
En pleine période de conversion globale de la société française à la consommation, dont ni la sexualité ni la culture ne sont exclues, après la choc de la Grande Guerre, cela fait évidemment désordre de considérer que nul progrès n'est possible ni de la nature humaine, ni de l'organisation sociale; que l'intérêt des sciences humaines et sociales se décentre sur la question de savoir comment cette nature humaine et toute communauté humaine fonctionnent, non pas pourquoi mais comment, se heurte à un humanisme militant dont le déterminisme universaliste réintroduit une certaine transcendance : obsédant besoin de la quête du sens !


Car, considérer qu'il y aurait par hypothèse en permanence dans l'inconscient des signifiants qui ne contribuent à aucune signification, ce dont attestent rêves et délires, a pour conséquence que ce qui fait effet de réel, c'est cette caractéristique du symbolique inconscient d'être pour partie, intraitable imaginairement. Cela oblige au remaniement perpétuel qui empêche la répétition mortifère actée à partir de la production chaotique par l'inconscient indéterminé, de signifiants orphelins de signifiés. Il n'y a donc pas de déterminisme dans l'inconscient.


Ce n'est donc pas tant que l'inconscient est structuré comme un langage mais que le langage, vassal de cette capacité neurobiologique sémiotique a une sémantique particulière à l'humain, est la condition d'existence de l'inconscient. J. Lacan qui toute sa vie avait cru à la transmissibilité de la psychanalyse conclut en 1979 à son intransmissibilité. Alors qu'est ce qui se transmet à travers cet intransmissible ? Il se peut que ce soit essentiellement une activation à penser qui pousse non seulement à l'éclatement du symptôme, mais aussi à ce que rien ne soit jamais fixé une fois pour toute dans son expérience, et jamais en termes de normalité ou de savoir constituable.


Dans le cadre de l'Académie Baroque instance de travail particulière mise en place depuis 25 ans à l'Invention Freudienne d'abord puis à ALTERS aujourd'hui (vous pouvez en trouver la présentation dans le tome 1 Psychanalyse et pratiques sociales: inventer p.54) est éprouvé dans cet espace intermédiaire, le fait d'attester d'une parole, celle d'un sujet qui parle, sans jamais savoir d'où cette parole se dit.


Aujourd'hui, pour assurer un devenir à la psychanalyse, la nécessité s'impose d'inventer des espaces de travail, d'élaboration, et ouverts...
Saluons d'autant plus, l'initiative aujourd'hui du 4ème groupe, qui nous invite à une confrontation critique de réflexions issues de l'expérience de psychanalystes d'appartenances différentes. Sans collectifs de penser autour de lieux d'énonciation, comment en effet assurer des remaniements nécessaires à la pérennité de l'expérience psychanalytique ?

 

Marc Thiberge
Toulouse, le 5 avril 2008

 

PS : Ce texte doit beaucoup au livre de Marc Lebailly "Et si la psychanalyse était, à nouveau, une mythologie..." paru depuis en 2009 aux éditions l'Harmattan et auquel j'ai fait de nombreux emprunts.

Ce texte a été présenté en avril 2008 à Toulouse lors d'une journée d'étude du IVème Groupe, dont le thème était : "La singularité d'une transmission", journée à laquelle j'avais été invité.

Que ce texte n'ait pas fait l'objet de l'écoute qu'on aurait pu attendre de la part de psychanalystes qui s'annoncent pourtant comme praticiens de "l'écoute" et dont certains avaient déjà entendu parler du travail de Lacan, c'est un euphémisme.
D'ailleurs, quelque chose m'avait fait hésiter quand l'organisatrice de cette journée m'y avait convié. De bien mauvais souvenirs m'étaient revenus, mais quand on est naïf et candide, pourquoi les lignes n'auraient-elles pas bougé depuis 25ans ?
La carence d'organisation aidant, et la pratique de l'accord encore en vogue, incompatible avec l'esprit d'une "disputatio", comment ne pas évoquer " la horde sauvage" de croyants dont parlait Freud qui déshonore et ridiculise des groupes, fussent-ils associations d'analystes ? Face à un tel tribunal des" chiens de Dieu", digne de l'Inquisition, ceux qui auraient été en position de prolonger le questionnement que je proposais, ont été comme frappés d'interdit. Au-delà de l'existence même d'ALTERS comme collectif, aucune parole n'est possible sans en garantir l'espace.

La psychanalyse a donc ses fondamentalistes, comme si l'invention avait déjà souvent déserté ses rives.
Nous voici, il faut bien l'admettre, revenus à l'époque ante lacanienne ; je m'explique mieux l'apparente compatibilité entre les "discours" tenus dans cette journée par les tenants des différentes associations de psychanalystes représentées. Mon propos n'en était que plus déplacé. J'aurais aimé tout de même que soit reconnu à Lacan l'insigne mérite d'avoir essayé d'amarrer l'hypothèse de l'inconscient aux sciences sociales structurales et d'avoir sorti la psychanalyse du même coup, du mauvais pas où Freud s'était mis avec la théorie énergétique des pulsions; ceci en dépit de l'insigne faiblesse de la théorie du signifiant lacanien et la confusion jamais levée entre hypothèse de l'inconscient, insu, et réalité sociale qui fait de la psychanalyse lacanienne une élaboration plutôt adaptative et normalisante.
La société de consommation, l'individualisme, le syncrétisme, et la démission des clercs n'ont évidemment pas arrangé les choses.

On mesure où mène un discours de la psychanalyse, aux antipodes d'une esquisse de modélisation, qui ne s'articule ni aux sciences sociales structurales que sont l'anthropologie et la linguistique, ni à la biologie pour ce qu'elle a de structurale, dans la mise en place d'une anthropologie générale.

A cultiver le mythe pour lui-même, sans transformation ni remaniement, sans prise en compte d'un contexte scientifique et culturel qui a changé depuis le XIXème siècle et qui disqualifie en particulier le postulat énergétique de la théorie des pulsions freudiennes, un groupe, les psychanalystes, fait secte et extension, au service d'une normalité sociale adaptative et fort peu laïque.

Qu'on le veuille ou pas, l'objet cause, fût-il en place de corps, qui se réduit dans une psychanalyse, aux orifices, n'est pas l'objectif d'une pratique de psychanalyste et l'inconscient, comme hypothèse, ne peut être revêtu ni des oripeaux du complexe d'Oedipe, ni de la fonction paternelle, du phallus ou du nom du père... qui sont des propriétés de la réalité sociale. Du moins, si on prend au sérieux l'hypothèse d'un inconscient non déterminé qui est celui du sujet, par hypothèse vacillant entre deux signifiants, à éclipse, non identifiable : seule manière, à mon avis, de préserver, en amont de la réalité sociale insue, une turbulence signifiante non prise dans le sens, et de ce fait, instance d'imprévisibilité, d'invention, de création. Cette turbulence signifiante s'actualise comme désir inconscient à travers les déterminismes sociaux de la culture, de l'organisation sociale et de la politique. Dans cette approche, l'inconscient n'est évidemment pas la politique: Si l'inconscient était déterminé, parce que confondu avec l'ordre symbolique social des significations, on ne serait plus dans une théorie de l'inconscient, et à ce jeu, Sartre l' a magistralement montré avec "l'Idiot de la Famille" , l'inconscient devient une hypothèse inutile.

Cette confusion totale du social et du psychique dans certains groupes de psychanalystes se retrouve dans leur incapacité à organiser des rencontres où l'on s'écoute et où la parole est distribuée dans le respect des protocoles. La non prise en compte du corps est ici patente avec tous les dangers que cela comporte. Le meurtre est ici non plus symbolique, mais réel. A mettre de l'inconscient partout et en particulier dans les différentes manières qu'a le "moi, je" de faire corps social, on confond psychanalyse, politique et recours à la transcendance pour rendre compte du fonctionnement psychique d'un humain, "deshommanisé" de sa nature.

L'inconscient, une hypothèse qui n'est féconde que si on distingue radicalement cet inconscient d'un insu préconscient, le plus souvent collectif, lié au fonctionnement de la langue et obéissant au principe de causalité.

Ce texte s'adresse donc à toute personne intéressée de près ou de loin par le positionnement des questions abordées qu'internet est susceptible de joindre et qui se trouvent souvent engagées dans des pratiques sociales d'aide, de soin, d'éducation ou d'enseignement et dont la praxis est vectorisée par le désir singulier de la personne, que celle-ci reçoive ou soit accueillie, du moment que sa pratique est résolument laïque, loin de toute référence idéologique ou de croyance et qu'elle rompt avec toute victimologie ou militance du droit à la santé et au bien être.

 

C'est simplement une propriété de la vie que d'être éprouvante et de connaître le malaise, la déviance, la maladie et la finitude.
Dont acte

 

Marc Thiberge
Toulouse, le 31 mai 2008

Mentions légales

Qui est en ligne

Nous avons 19 invités et aucun membre en ligne

Joomla Templates - by Joomlage.com